Consternantes pensées…

« Ascension sociale. Agrippée à son clitoris, en équilibre instable sur ses petites lèvres, la féministe tente désespérément de s’élever au dessus de son sexe. »

Navrant et consternant, ce premier aphorisme est à l’image du recueil Pensées éparses d’un rabat-joie, publié chez Max Milo en 2014. De phrases sexistes en considérations vulgaires sur les femmes, le lecteur sent sa mâchoire se décrocher devant la misogynie de ces lignes :

« Désertion conjugale : Cela fera bientôt dix ans que mon épouse ne se présente plus au rapport. »

« En se mariant, l’homme se spécialise : il devient le mari. La femme se réalise : elle devient la femme. »

Multipliant ce genre d’aphorismes dont la lecture peut surprendre en 2015, l’auteur s’embourbe dans son personnage de rabat-joie sans talent.

Si encore une distance semblait être prise avec le langage et l’objet dont il traite, nous pourrions croire que ces pensées seraient le fruit d’un humour hasardeux. Mais c’est là où le bât blesse, ces aphorismes ne sont pas drôles et peinent à nous faire esquisser un sourire.

En effet, ils dépassent rarement le jeu de mots sans intérêt et ne portent en eux aucune vision du monde. Plats, faciles et vite digérés, ces aphorismes ne recèlent rien.

« Sans l’humour, la vie n’aurait aucun sens. »

« Même gay, le mariage sera toujours triste. »

« Mon heure a sonné : je vais lui ouvrir. »

Les parties du recueil consacrées aux Dialogues et au Dictionnaire n’évitent pas l’écueil de la facilité, bien au contraire :

« Gouverner. Mener en bateau. »

« Homme au foyer (loc.) Mâle récurant. »

« – Ça gagne combien une voyante ? – « Des sommes astrologiques »

Consterné, les yeux ronds, c’est ainsi qu’on termine la lecture des Pensées d’un rabat-joie.

Pour être tout à fait honnête, on peut recenser, dans ce livre, quelques belles trouvailles, mais qui peinent à se détacher de la lourdeur de l’ensemble et ne compensent pas l’océan de clichés et de phrases bancales, dans lequel elles se noient, telles que :

« Un touriste japonais qui pose en souriant devant la tour Eiffel, ça, c’est un cliché ! »

Pensées éparses d’un rabat-joie, Abel Castel, Max Milo, 128p., 12 euros

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