L’aphorisme en passant…

« Si vous êtes poursuivi par votre passé, essayez de le semer, qui sait ? Vous récolterez peut-être de beaux fruits »

C’est sur cet aphorisme drôle et léger que s’ouvre le recueil « A une passante et tout ce qui ne passe pas » dont le titre, hommage biscornu à Baudelaire, annonce avec éloquence le ton parodique qui régira l’ensemble de la composition de l’œuvre.

En effet, Jean Zéboulon a décidé de construire l’essentiel de son livre sur le jeu de mots dont l’inspiration surréaliste aide parfois à un dynamitage heureux de la langue.

« Avec un passé simple on peut se faire un présent compliqué »

« On regarde la mort en face pour ne pas voir ses mauvais côtés. »

Toutefois, fondé presque uniquement sur ce ressort, « A une passante » accumule, en son sein, des jeux de mots plus ou moins réussis et peine à trouver un véritable souffle. Une lecture suivie du recueil est, de fait, quasiment impossible, due au manque de diversité dans les procédés utilisés.

« Antoine à Cléopâtre : « Nul nez parfait » »

« Il y a tant de gens dans la lune qu’aux heures de pointe la lune est pleine. »

Cependant, malgré ces quelques réserves, l’ouvrage de Jean Zéboulon se picore avec plaisir et certains de ses aphorismes nous rappellent, sous couvert d’une apparente légèreté, que le rire est, avant tout, une morsure. Morsure du langage, écartèlement des expressions toutes faites : rire, c’est penser.

« Vous pouvez toujours tuer le temps, il renaîtra de vos cendres »

« Les hommes ont été conçus pour en venir aux mots. »

Auteur également de calligrammes, Zéboulon dessine une œuvre légère mais grave qui ravira les amoureux du surréalisme et tous les lecteurs séduits par l’anagramme, le calembour ou encore la boutade. Ne se prenant pas au sérieux, ce recueil ludique loue et dévoile joyeusement les impasses du langage dans lesquelles il nous fait malicieusement tomber.

« L’objet de toutes nos attentions est tombé du train où vont les choses. »

A une passante et à tout ce qui ne passe pas, Jean Zéboulon, Éditions de la Table ronde, 18 euros

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