L’éveil de la mélancolie

« Ce sont nos vêtements qui nous donnent corps – sans ça tout s’effondrerait ».

Cet aphorisme délicat et inquiet, qui fait écho au titre de ce journal, émane de la plume discrète et sensuelle du poète français Jean-Louis Giovannoni. Ce petit livre, publié initialement en 1983 et réédité sous l’impulsion de François Heusbourg, est le fruit d’un travail d’orfèvre orchestré par Jean-Pierre Sintive, fondateur des Éditions Unes.

La pudeur, la justesse et l’élégance des aphorismes de Giovannoni caressent, tout de suite, les sens du lecteur, alors embaumé dans un doux et mélancolique désarroi. Ce journal, dont la construction s’avère fine et minutieuse, est un jeu subtil d’échos angoissés, de voix murmurantes qui susurrent dans les tréfonds de l’être. Le poète creuse sous la surface des mots pour en dégager une véritable métaphysique du corps qui n’est pas sans rappeler celle de Bernard Noël, dans ses poèmes. Ces phrases singulières, véritables voix dans la voix du poète, tissent une œuvre polyphonique où le lecteur est souvent interrogé : « Pourras-tu encore témoigner dans l’absence et le froid avec le regard des pierres ? »  Cette métaphore minérale récurrente dans le recueil, n’est-elle pas une volonté de l’auteur de s’approcher de l’essence même de la vie ?

Une fois refermé, ce livre nous laisse agréablement songeur et comme en suspension dans un autre espace-temps. Remercions les Éditions Unes de nous faire redécouvrir la voix si originale de ce poète du sensible et laissons-le conclure dans cet appel pudique à une fraternité poétique: « Si je mets mes mains dans un poème, saura-t-on les prendre ? »

 

Les mots sont des vêtement endormis, Jean-Louis Giovannoni, Unes, 76 p., 14 euros

 

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