Arrêt au terminus Nullité

« C’est avec les beaux sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature » André Gide

Commençons donc notre voyage imprévu sur la ligne Médiocrité-Nullité avec ce premier aphorisme que nous a inspiré la lecture des Aphorismes pour l’autobus et le métro de François Bott.

« Si l’on quitte Paris, c’est pour avoir la nostalgie de Paris. » Paul Morand

Après avoir validé notre ticket pour son œuvre, nous étions prêts à embarquer sur la ligne automatique Arts-Lettres, sagement assis sur un siège orange, Quai de la Littérature. La tête pleine d’espoir pour ce livre, nous attendions, savourant par avance notre voyage dans l’ouvrage de François Bott. L’idée avait tout pour nous plaire, au début : mêler des aphorismes marquants de la vie d’un auteur à des souvenirs vécus ou imaginés dans les transports comme le bus ou le métro. Nous allions même, naïfs, jusqu’à penser que le souhait de l’auteur de dessiner « une géographie sentimentale » liée à une maxime nous paraissait intéressante et qu’elle pouvait renouveler la pratique de l’aphorisme dans la construction d’une œuvre. Mais hélas, alors que le voyage s’annonçait passionnant et après être monté dans le premier wagon, nous déraillâmes, en queue de peloton, sur la ligne Médiocrité-Nullité.

« Où va la blancheur, quand la neige s’en va ? » Shakespeare

Premier arrêt : le style. Nous descendîmes, étonnés, sur le quai et rien ! Il faisait froid et sombre. Pas l’ombre d’un style ! Juste une gamine, au loin, qui secouait ses couettes près de la sortie. Nous l’abordâmes, curieux, en lui demandant ce que diable elle fichait ici. Elle nous répondit, de sa petite voie suraiguë, qu’elle aimait faire les rédactions de la maîtresse, écrire des belles histoires comme les contes et qu’elle aimait aussi faire des jolies phrases avec une belle écriture comme la maîtresse elle montre au tableau. Elle soliloquait encore alors que nous nous éloignions d’elle pour remonter dans le métro.

« La preuve du pire, c’est la foule. » Sénèque

Deuxième arrêt : la structure. Contrairement au premier arrêt, le quai regorgeait d’hommes et de femmes, apparemment devenus fous, qui se rentraient les uns dans les autres et repartaient, sans rien dire, butter contre une autre personne. Après un examen plus attentif, nous remarquâmes également que la construction de la station était bancale : un escalier sortait du plafond qui ne menait nulle part, les sièges étaient disposés sur les murs et certains rails sur le quai provoquaient la chute des voyageurs. Nous voulûmes engager la conversation avec l’un des usagers mais il répétait de manière obsessionnelle le même aphorisme qui ne trouvait écho nulle part. Effrayés, nous bondîmes dans le prochain métro et regardâmes à travers la vitre s’effacer le ballet absurde de ces hommes et femmes aux comportements monomaniaques.

« Nous sommes tous de la poussière d’étoile. » Albert Jacquard

Troisième arrêt: l’histoire. Nous descendîmes du compartiment, séduits par la musique que l’orgue de barbarie faisait résonner dans les couloirs du métro. Le quai était subdivisé en plusieurs saynètes où des personnages à peine réels s’embrassaient goulûment, d’autres, un sourire aux lèvres, paraissaient plonger dans leur pensée, et d’autres encore attendaient résignés. A y regarder de plus près, le jeu des acteurs était plutôt médiocre voire grotesque et les scenarii manquaient tellement de matière que l’on avait l’impression d’assister à la répétition ratée d’une pièce de théâtre faite de bric et de broc. Excédés, nous remontâmes à bord de notre compartiment qui se dirigeait vers sa destination finale.

« L’éternité, c’est long, surtout vers la fin. »

« Terminus Nullité. Terminus Nullité. Veuillez descendre à gauche pour rejoindre la sortie. » Abasourdis, nous quittâmes l’œuvre de François Bott, assez déçus du voyage.

« Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. » Stig Dagerman

Pour résumer et consigner notre périple fantastique, nous avons pu déplorer l’absence de style de l’auteur ou une écriture assez infantile, rappelant parfois les rédactions faites à l’école. La structure de l’œuvre est, quant à elle, artificielle et grimaçante tant elle se veut ordonnée. L’insertion des aphorismes dans les courts textes qui ponctuent l’œuvre est forcée et maladroite. Par ailleurs, la volonté de tisser des liens entre les microfictions est si omniprésente qu’elle en devient lourde et peu subtile. Enfin, les histoires liées aux maximes sont d’une naïveté confondante et paraissent, dès lors, très caricaturales, sans épaisseurs, sans surprises.

Ce livre, sur la ligne qui va de Médiocrité jusqu’à Nullité, s’arrête donc logiquement à son terminus. Nous vous prions, tout comme nous, de rejoindre la sortie la plus proche.

« Cela ne va pas, Madame, cela s’en va. » Fontenelle

Aphorismes pour l’autobus et le métro, François Bott, Éditions de la Table Ronde, 176 p., 7,10 euros

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