Sous les pavés, l’aphorisme…

« N’en déplaise aux ennemis du populisme, le Ricard est bien parti pour être éternel. »

C’est sur ce ton jouissif, railleur et cynique que sont écrits la majorité des aphorismes contenus dans les Sentences de solitaire de Toulouse-la-Rose. Ces sentences, dont l’étymologie juridique colle parfaitement au propos de ce livre, ont l’air de tomber comme des couperets dont la lame se serait étrangement émoussée, rouillée par l’absurde d’un sens politique déraisonnable.

« Moi, président de la République, je ferai en sorte que le Conseil constitutionnel ne siège plus dans un palais-royal. »

De provocations en paradoxes, Toulouse-la-Rose écrit un sottisier contemporain reprenant faussement à son compte les préjugés entendus ici et là. Pour dévoiler la bêtise de certains propos, l’auteur a recours à la technique surréaliste de la liste qui transforme toute parole convenue en une logorrhée délirante.

« Quand l’Europe sera musulmane, les descendants de Le Pen parleront l’arabe sans accent (notamment de sincérité). »

« Quand les descendants musulmans de Le Pen parleront l’arabe sans accent, les Chinois n’auront plus honte de les exploiter sans vergogne. »

« Quand les descendants musulmans de Le Pen parlant l’arabe sans accent, seront exploités sans vergogne par les Chinois, les Juifs basques auront intérêt à raser les murs à gauche. »

À dominante politique, ce recueil aborde d’autres thèmes en apparence plus légers mais toujours avec un ton grinçant caractéristique de cette écriture parodique. Si certaines provocations nous paraissent plus heureuses que d’autres, ce livre a pour vertu vitale de faire réagir brusquement son lecteur à la sentence proposée. Véritable mise à mort des idées convenues, l’aphorisme tonne et détonne dans le ciel gris et morne des systèmes bien rodés.

« La poésie, c’est ce qui permet de résister à la mort de la vie. »

La seule réserve soulevée par la lecture de ce livre se situe, à mon sens, dans sa construction. Certaines transitions thématiques sont très soignées quand d’autres semblent excessivement abruptes. Jouant sur les effets de liste, sur les articulations des thèmes abordés, l’échafaudage général du recueil peut paraître parfois bancal car inachevé dans le fonds. Toutefois, exceptées ces remarques structurelles, l’écriture reste révoltante et mordante tout à la fois et la lecture de ce recueil demeure un vrai moment d’éveil de la conscience politique.

« Si l’intelligence donnait le cancer du cerveau, les abrutis se consoleraient mieux de l’échec du monde. »

Au final, je n’hésiterai à me plonger une nouvelle fois dans les autres recueils d’aphorismes écrits par Toulouse-la-Rose que sont Pensées, donc et Libres pensées. Saluons également le travail de la maison d’édition de sciences sociales Sens & Tonka qui a le courage et l’audace de proposer à son lecteur des aphorismes aux contenus politiques forts et intéressants. Ces Sentences de solitaire fleurent capiteusement la révolte collective : laissons gronder dès lors dans notre esprit l’insurrection à venir…

« Le peuple n’est pas révolutionnaire. Le peuple est juste insurrectionnel. Seule l’insurrection est révolutionnaire. »

Toulouse-la-Rose, Sentences de solitaire, Sens & Tonka, 4 euros

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