L’aphorisme en questions

« Pouvez-vous imaginer un mariage sans humour ? »

« Quand avez-vous cesser de croire que vous deveniez plus intelligent, ou bien le croyez-vous encore ? Indiquez l’âge. »

Ces interrogations très ironiques, extraites de son Journal, sont l’œuvre de l’écrivain et architecte suisse allemand Max Frisch, rééditées avec soin par les Éditions Cent Pages. Ce petit livre énigmatique, à la couverture dorée sur laquelle est imprimé le chiffre « Dix », a de quoi intriguer le lecteur.

À mi chemin entre le livre d’art et le recueil d’aphorismes, les Questionnaires de Max Frisch, d’apparence débonnaires, s’avèrent, en réalité, redoutables. En effet, ses questions, de prime abord, naïves, ont pour effet d’interroger férocement le lecteur sur ses propres conventions intellectuelles, morales ou encore sociales.

« Est-ce qu’un goût commun se développe dans le mariage (comme l’ameublement du logement conjugal le laisse présumer) ou lors de l’achat d’une lampe, d’un tapis, d’un vase, etc, se produit-il pour vous chaque fois une capitulation silencieuse ? »

« Votre autocritique vous convainc-t-elle ? »

Sous le couvert d’interrogations faussement candides, Max Frisch met à mal les certitudes que nous croyons détenir sur certaines notions. Le livre s’appuie sur 10 questionnaires de 25 questions, chacune sur un thème précis comme le mariage, l’humour, l’argent ou encore la mort.

Les nombreuses et diverses questions sur un même thème, qui aboutissent souvent à l’incertitude, soulignent l’absurdité totale de nos conventions et nous invitent à repenser l’échelle de nos valeurs. Interpellant directement le lecteur, Max Frisch, en moraliste contemporain, sonde les contradictions de notre âme et nous laisse en désarroi face à nous-mêmes.

« Avez-vous peur des pauvres ? »

« Quelle dose de pays natal vos faut-il ? »

Dérangeants, hilarants, les Questionnaires de Max Frisch sont à lire avec un plaisir sournois et à s’échanger entre amis. Véritables coups de fouet sur le dos des évidences, ils partagent avec l’aphorisme la même vertu : celle de l’étonnement, au sens étymologique du terme, c’est à dire être frappé par la foudre.

Lisez donc et pensez, interrogez la futilité de certaines de nos convictions, semble nous dire Max Frisch avec un sourire en coin :

« Avez vous peur de la mort et depuis quel âge ? »

Puis une page après :

« Que faites-vous contre ? »

Questionnaires, Max Frisch, Éditions Cent Pages, 304 p., 15 euros

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *