Requêtes refusées !

Monsieur,

Nous avons pris connaissance avec intérêt de votre ouvrage intitulé Requêtes suivies de Pour un art poétique, publié aux Éditions Le temps qu’il fait.

Cette œuvre, qu’il convient également de classer dans la catégorie B206 « Recueil d’aphorismes », a postulé auprès de notre administration pour obtenir la certification ISA 422-5104 de livre de poésie :

« Jeter une greffe inconnue sur le Tout qui engendre. Vouloir une révélation explicite ; découlant de la plénitude, allant au-devant de la nuit. »

Toutefois, après un examen attentif du contenu de votre livre, nous sommes au regret de vous informer que vos différentes Requêtes poétiques sont refusées.

J’en veux pour premier argument que la règle dite d’intelligibilité globale de l’œuvre n’est, à l’évidence, pas respectée. En effet, l’esprit humain, quelque soit son degré d’abstraction, ne peut appréhender le sens de phrases telles que :

« Un fixisme à peine acquis déjà nous condamne au spectacle de l’instant… Mais notre mobilisme multiplie les images. Et nous tombons, par bonheur, dans une constante sujétion. »

L’administration rappelle également à l’intéressé que l’adjonction massive d’adjectifs complexes dans un texte ne suffit par pour classer ce dernier dans le domaine de la prose poétique. Au contraire, l’application de la nouvelle circulaire de février 2014 ayant trait à l’esthétique et à la poétique d’une œuvre, appelle l’attention de tout auteur sur la facilité d’usage des adjectifs dans l’exercice poétique :

« Un équilibre – par moments – de mots impondérables. Inventons-nous un centre de gravité dans la légère plénitude d’une parole rare. »

De plus, le critère essentiel d’ « originalité de l’œuvre au sein du paysage poétique » n’est, à son tour, pas rempli. L’écriture est pleine de tics verbaux, tous répertoriés dans l’annexe 2.b jointe à ce courrier et les métaphores, pour surprenantes qu’elles puissent paraître, ne sont que banales et plates, pour la plupart.

« Fort dans le consentement à l’ample réalité complète (d’où le langage sourd, où il se perd). »

« Chaque langue dans sa force appelle une faible ébauche chiffrée de l’insaisissable langage. »

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous ne sommes pas en mesure de vous délivrer la certification ISA 422-5104 de livre de poésie. Nous étudierons, cependant, tout nouvel envoi d’œuvres dactylographiées par courriel ou par voie postale. Toutes les réclamations s’effectueront dans les commentaires et ne seront plus recevables au-delà du délai de trente jours ouvrés après réception de la présente.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de notre considération distinguée.

Requêtes suivies de Pour un art poétique, Pierre Oster Soussouev, Éditions Le temps qu’il fait, 88p., 67 FF

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