L’aphorisme arabe à l’honneur

Le Prophète a dit : « La perte de ma communauté viendra de l’abandon du savoir et de la soif de l’argent. »

Cet hadîth (ou « dit » du Prophète), toujours aussi moderne au 21ème siècle, fait partie de la grande tradition aphoristique arabe. En effet, comme l’explique avec brio Jean-Jacques Schmidt, dans sa introduction aux Sentences et maximes, bien avant l’avènement de l’islam, les littérateurs s’échangeaient des hikam (ou traits sapientiaux) favorisés par l’esprit de concision inhérent à la langue arabe elle-même.

« L’arme du croyant est la constance dans les épreuves et la gratitude envers Dieu dans la prospérité. »

A partir du VIIème siècle de l’ère chrétienne, cette somme aphoristique forgée par les Anciens s’est vue enrichie des hadîth du Prophète. Des poètes, des sages ou encore des califes comme ‘Ali ibn Abî Tâlib pratiquent au plus haut degré l’art de l’aphorisme et enrichissent de leurs sentences une tradition orale très forte.

Jean-Jacques Schmidt a décidé de nous en présenter une sélection thématique, déclinée sous forme d’abécédaire, et issue de deux anthologies : Nathr al-durr (Perles éparses) d’Abû Sa’îd ibn al-Hasan al-Âbî (Xème siècle) et Al-Dhakhâ’ir wa al-‘abqariyyât (Trésors et génies littéraires) de ‘Abd al-Rahmân al-Barqûqî.

Un poète a dit : « Celui qui ne meurt pas dans la fleur de l’âge mourra de vieillesse. La mort tient une coupe à laquelle tout homme, un jour, devra boire. »

Ce florilège de maximes que nous propose la maison d’édition Actes Sud a pour grande vertu de faire découvrir au lecteur un versant peu connu de la littérature arabe et de lui présenter, dans les notes, les grands noms qui ont forgé ces sentences.

« Ce qui est passé de la vie est un songe, ce qui reste à venir est espérance. »

Ces aphorismes, dont le but est souvent l’édification morale de l’homme, recèlent un charme discret qui vient à la fois de leur sublime simplicité et de leur mystérieuse grandeur. La place dévolue à l’amitié dans ces Sentences est particulièrement remarquable en tant qu’elle intervient même dans la définition de la noblesse :

« Al-Muhallab, à qui l’on avait demandé ce qu’était la noblesse, répondit : « C’est qu’un homme sorti, seul, de chez lui y revienne entouré d’amis. »

« Le plus infortuné des hommes est celui qui n’a pas d’ami, et plus à plaindre encore est celui qui, après en avoir trouvé un, n’a pas su le garder ! »

Ce recueil de sagesses est très précieux dans sa volonté de faire découvrir au lecteur la littérature arabe par le biais de ses énoncés formulaires. Lire, c’est comprendre l’Autre et la lecture de cet ouvrage permet d’approcher au plus près d’une culture qui, pour lointaine qu’elle puisse paraître parfois, resplendit, maintenant, par la beauté et l’éclat de ses perles.

Le Prophète a dit : « Une encre dans laquelle trempent les plumes des savants vaut mieux que le sang des martyrs versé pour l’amour de Dieu. »

Sentences et maximes, Sindbad, Actes Sud, 14,90 euros

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