Béni soit qui mal y pense !

« Celui qui pressent, trouve et accepte les limites de soi est plus universel que ceux qui ne sentent pas les leurs. Ce fini se sent contenir leur infini. »

Toujours, les chefs d’œuvre, après leurs lectures, nous laissent comme muets, abasourdis. Seule une auréole de silence les nimbe dans les confins de notre solitude. Comment dire, en effet, sans raccourcis, leurs richesses et leurs profondeurs en nous? Et dire, n’est-ce pas déjà gâcher leurs perfections ? Écrire, c’est choisir et tout choix entraîne dans son sillage une imperfection proprement humaine dont les grandes œuvres paraissent dénuées. Toute cette singulière et longue introduction pour présenter les Mauvaises pensées de Paul Valéry, publiées chez Rivages poche.

« Tous les esprits fonctionnent entre démence et imbécillité (valeurs illusoires et valeurs faibles), et chacun, dans les vingt-quatre heures, frôle ces extrêmes. »

Ce recueil, dans lequel les images baroques côtoient le style le plus classique, est d’une émouvante beauté dans sa simplicité et son authenticité. Plus qu’un livre-monde, c’est un livre-homme : un livre sur l’homme, à portée d’homme, écrit par un homme. Singulier témoignage d’un esprit alerte, fécond dans ses contradictions, Valéry signe avec ses Mauvaises pensées un livre où déborde un amour de l’humain, épuisé et scruté dans ses moindres recoins.

« Souffrir est vivre sans pouvoir vivre ; c’est même… être vécu par… »

S’observant avec acuité, Valéry observe l’Autre en lui et le restitue à son lecteur avec finesse et précision. Attentif au plus petit mouvement de son âme, l’auteur dessine, à la pointe sèche, une cartographie de la conscience de l’homme, nourrie des plus sombres et hétéroclites éléments qui l’animent.

« Tout ce que tu dis parle de toi : singulièrement quand tu parles d’un autre. »

Choisies parmi les 30 000 pages noircies par Valéry, ces pensées ont toutes pour vertu de nous interroger, de nous inciter à réfléchir sur notre propre définition et appréhension de l’Homme.

« Ceux qui voient les choses trop exactement ne les voient donc pas exactement. »

Devant tant de génie, la voix ne peut que se taire, l’écriture s’effacer pour céder sa place à ce qui nous fait Autre, l’écoute :

«N’es-tu pas l’avenir de tous les souvenirs qui sont en toi ? L’avenir d’un passé ? »

Mauvaises pensées, Paul Valéry, Rivages Poche, 9 euros

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