Conseiller pour mieux gouverner…

« Item, le roy en toutes choses qu’il fait doit adviser qu’il ne face rien contre la voulenté de Dieu et ne doit rien faire qu’il ne face virtueusement. »

Ce fragment extrait de l’Advis à Isabeau de Bavière pour le gouvernement de la maison du roy et du royaume de France est à placer au rang des sublimes raretés de notre littérature nationale. Composé vraisemblablement entre 1422 et 1435, ce livre de conseils à l’intention du roi Charles VII constitue un témoignage précieux de la pensée politique de l’époque.

« Item, le roy ne doit estre ferme en propos et volenté et ne doit esbaïr de adversité qui lui viegne, ne prandre vaine gloire de grande prosperité a lui survenant. »

Rendue possible par le travail érudit de Jean-François Kosta-Théfaine, docteur en littérature médiévale, son édition résulte de la retranscription de l’unique manuscrit de cette œuvre conservée à la Bibliothèque nationale de France. Son auteur est anonyme mais en 2007, l’hypothèse a été formulée que cet opuscule serait peut-être de la plume de Christine de Pisan. N’en reste pas moins que, malgré le caractère commun de certains de ses articles au Moyen-Age, cet texte est d’un intérêt fondamental pour qui veut découvrir les arcanes de la philosophie politique de cette période.

« Item, que un roy doit estre grant aumosnier, ne ne doit mie haïr ne aborrer les povres creatures de Dieu. »

Loin d’être spécialiste en la matière, j’y ai découvert avec étonnement des conseils très mesurés au sujet de l’administration des biens publics et également une rectitude morale fortement influencée par la religion. L’importance de la Trinité dans la pensée politique m’a interpellé tout autant que le conseil formulé à l’adresse du roi de lire l’histoire des anciens règnes pour s’inspirer des bons dans l’art de gouverner.

« Item que un roy de France doit souvent lire les croniques de roys de France trespasséz et soy confermer en gouvernement de ceulx qui ont mieulx gouverné. »

Pointilleux dans la gestion des finances, ces articles insistent également sur une certaine notion de justice dans l’octroi des faveurs royales à accorder à l’issue d’une réflexion approfondie. Les mauvaises influences des valets, des conseillers ou des femmes y sont dénoncées et la vertu est célébrée comme étant cardinale dans la conduite du royaume.

« Item, que un roy ne se doit mie conseiller par varlés et par gens de nulle prudence, et ne leur doit demander conseil ne advis des haultes choses que il a affaire ne en tenir parole devant eulx. »

Un bon roi est, d’abord et avant tout, un homme, ne cessent de nous répéter ces articles. Comme chaque homme, selon la religion catholique, est frère d’Adam et Ève, il convient au roi de se comporter avec le peuple comme il voudrait que l’on se comporte à son endroit. Loin d’être machiavéliques ou cyniques, ces conseils sont plutôt fondés sur le bon emploi de la raison et prônent une certaine conception de l’équité dans cette époque où le système social était très hiérarchisé.

« Item, doit un roy vivre sobrement et peu menger et peu boire et peu seoir, pour en estre plus sain, et en seure compagnie prandre de l’air aus champs, tant de pié que de cheval, et soy exerciter en la discipline des armes sans grever son corps. »

Difficile d’accès, mais comportant un glossaire aux renseignements indispensables, ce livre écrit au début du 15ème siècle mérite une lecture attentive qui révèle dès lors tout l’éclat de sa modernité. Avant Machiavel et ses héritiers, ce livre se fait l’écho d’une philosophie politique articulée sur le message de Dieu qui loue la connaissance et la vertu comme guides spirituels dans l’exercice du pouvoir, différant sensiblement de l’art politique qui éclora à la Renaissance. A sa lecture, certains de nos politiciens actuels pourraient y trouver de quoi penser : gageons qu’ils sauront se plonger, comme nous, avec plaisir dans les méandres de la pensée de cet Advis à Isabeau de Bavière pour le gouvernement de la maison du roy et du royaume de France !

« Item, et pour ce il est expedient a un roy de savoir des sciences, car par ce il cognoistra qui le conseillera bien ou non et en sera mieulx le royaume gouverné. »

Advis à Isabeau de Bavière pour le gouvernement de la maison du roy et du royaume de France, Éditions Ressouvenances, 14 euros

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