Lichtenberg : l’aphorisme en Lumière

« Je crois qu’il vaut beaucoup mieux puiser en soi que dans Platon, car nous pouvons le comprendre de travers ; nous sommes à tout moment assez proches de nous-mêmes pour rendre facile tout ce qui est difficile et tirer au clair tout ce qui est obscur. »

Par ce fragment, Georg Christoph Lichtenberg encourage son lecteur à penser par lui-même, invitation sans cesse renouvelée au travers de différents aphorismes.

« Ce qui compte toujours et avant tout, c’est de mettre en doute ce qui est cru maintenant sans examen. »

En digne représentant de l’Aufklärung, ce professeur à l’université de Göttingen n’aura de cesse de vanter les mérites de la raison ou du bon sens au détriment de l’érudition ou des prétendus maîtres de philosophie.

« Dans tous les états de la société, les Lumières consistent à avoir des notions justes de nos besoins essentiels. »

Fidèle à cet esprit, Jean-François Billeter nous offre, par son choix d’aphorismes, un éventail de pensées où se déploient majoritairement les dispositions philosophiques de Lichtenberg.

De réflexions sur le suicide à son intérêt très avant-gardiste pour la science des rêves, un portrait assez complet de l’écrivain nous est livré même si quelques traces de sa proverbiale légèreté n’auraient pas été superflues.

Par ailleurs, au lieu de mettre en avant les Cahiers de Lichtenberg eux-mêmes, le titre donné à cet ouvrage peut prêter à confusion pour le lecteur qui pourrait s’attendre à une biographie bien plus qu’à une sélection d’aphorismes.

Toutefois, ces quelques détails n’enlèvent rien à l’intérêt majeur de cette publication qui permet au lecteur français de découvrir un aphoriste allemand peu connu dans notre pays. Sa vie est passionnante, sa plume incisive et juste et ses intérêts nombreux. Lisez vous-même :

« Ne sommes-nous pas aussi un univers, aussi bien que le ciel étoilé, et un univers que nous devrions mieux connaître, et que nous pourrions mieux connaître, me semble-t-il, que celui qui est au-dessus de nos têtes ? »

« Le plus évolué des singes est incapable de dessiner un singe. Cela aussi seul l’homme sait le faire. Il est aussi seul à trouver que c’est un avantage. »

Bien plus que le témoignage brillant d’un grand représentant des Lumières, les aphorismes de Lichtenberg sont plus qu’actuels et nous invitent aujourd’hui à faire l’expérience de notre propre pensée raisonnante contre les supposées autorités du savoir. Tachons de l’écouter et gardons toujours en ce tête ce proverbe :

« Efforce-toi de ne pas être de ton temps. »

Lichtenberg, Jean-François Billeter, Allia, 176 p., 6,20 euros

2 commentaires sur “Lichtenberg : l’aphorisme en Lumière

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