Les racines amères de l’homme

« Ne nous affligeons pas des contrariétés. Ne nous réjouissons pas des satisfactions. Ne nous fions pas à l’espoir d’un calme durable. Ne nous effarouchons pas d’un début difficile. »

Ces conseils sur la difficulté et la fugacité de la vie, que certains ont pu juger pessimistes, sont extraits des Propos sur la racine des légumes, recueil de formules chinoises datant du 17ème siècle. Ce livre de moralité au titre énigmatique qui pourrait renvoyer à la sibylline formule de Confucius : « Tout réussit à qui sait mâcher la racine des légumes » traite plus généralement de l’homme et de sa morale ainsi que du chemin à emprunter pour trouver la quiétude.

« C’est dans une vie sans tempêtes ni orages que l’on découvre le vrai bonheur de l’existence. C’est dans une vie sans festins ni plaisirs que l’on connaît la véritable nature du cœur. »

Composé de deux livres et opérant le syncrétisme de trois doctrines diverses mais souvent complémentaires dans l’histoire de la pensée chinoise : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, ce recueil est plein d’observations sur l’âme incertaine et changeante de l’homme, observations qui s’étendent jusqu’au cosmos qui subit la même instabilité. Le rythme binaire souvent usité dans ce recueil n’est pas innocent et se veut la retranscription stylistique d’une certaine métaphysique de l’homme et de la nature qui trouve son équilibre dans la dualité (bien et mal, ciel et terre…).

« Une seule pensée compatissante peut engendrer l’harmonie entre le ciel et la terre. Un rayon de pureté dans le cœur peut faire briller la vertu sur cent générations. »

La maîtrise des passions, la retraite oisive, le mépris de l’excès et les incitations à la pratique de la vertu sont les maîtres-mots de cet ouvrage qui prône une vie simple et heureuse, en accord avec la nature. Non dénués de contradictions qui font le sel de cette œuvre de sagesse, les Propos sur la racine des légumes sont d’une actualité intempestive pour tous ceux qui étudient l’homme et sont en quête d’une forme de paix intérieure. Cette dernière semble s’atteindre dans un mouvement de résignation et de conformité à ce qu’est le monde traversé de ses aléas.

« Un événement heureux a souvent un malheur pour contrepartie. Une faveur du sort peut se payer d’un coup du sort. Seule une vie simple, libre et sans ambition nous garantit la paix. »

Livre de chevet des hommes d’affaires japonais, ce recueil a pour vertu d’inciter l’homme à réfléchir sur sa propre condition tout en louant une délicate et contemplative poétique du paysage. Les métaphores sont simples et claires en adéquation avec la philosophie suggérée en creux. Plus que des propos, le lecteur croit entendre à son oreille des murmures de sagesse soufflés de générations en générations : à lui maintenant de les laisser germer et éclore, un beau jour, dans la pratique de la vertu…

« Qui connaît la quiétude seul possède l’insouciance des fleurs sous la brise, la pureté de la neige au clair de lune. Qui connaît le loisir seul peut évaluer la transformation de l’eau et des arbres, des bambous et des pierres. »

Propos sur la racine des légumes, Hong Zicheng, Picquier Poche, 6,50 euros

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