American psychè : Mark Twain

« Je ne prétends pas aimer les compliments. Plus c’est gros, mieux ça passe, et j’arrive très bien à les digérer. »

Simple dans le style et goguenard dans l’esprit, cet aphorisme résume à lui seul le ton railleur employé par Mark Twain pour moquer les vices et fausses vertus de ses contemporains. Très connu pour ses romans Tom Sawyer et Huckleberry Fin, ses Aphorismes proposés par la maison d’édition Arléa viennent compléter et étoffer le portrait d’un écrivain majeur de la littérature américaine du XIXème siècle.

« Une des preuves de l’immortalité de l’âme est que des myriades de gens y ont cru. Ils ont aussi cru que la Terre était plate. »

Présenté sous forme d’abécédaire et constitué par diverses citations issues de ses écrits ou de ses conférences, ce court recueil donne à voir la pensée progressiste d’un homme qui fit de l’humour une arme contre la bien-pensance de son époque. Se prononçant contre l’esclavage ou encore féministe avant l’heure, certains des aphorismes de Twain nous frappent par leur extrême modernité.

« L’homme est le seul animal qui réduise en esclavage. »

« Aucune civilisation ne peut être parfaite tant qu’une égalité exacte entre hommes et femmes n’est pas atteinte. »

Comme l’indique Patrick Boman dans la préface, il est vrai que le meilleur de l’esprit américain semble se concentrer dans les traits d’esprit de Mark Twain. Fustigeant la religion, méprisant les politiques de son époque, l’écrivain dénonce les hypocrisies régnant dans la société de la fin du XIXème siècle, aux États-Unis. Par ailleurs pratiquant sans cesse l’auto-dérision, l’écrivain met en scène avec honnêteté ses faiblesses et ses vices, ce qui nous le rend profondément humain et attachant.

« Je me suis donné pour règle de ne jamais fumer plus d’un cigare à la fois. C’est ma seule restriction quant au tabac. »

« Je suis né paresseux. Je ne suis pas plus paresseux aujourd’hui que je ne l’étais voilà quarante ans, mais c’est parce que j’ai atteint mes limites voilà quarante ans. Et personne ne peut dépasser ses limites. »

Rustre et grossier, parfois brut de décoffrage, Mark Twain n’en cultive pas moins un esprit subtil qui exprime une vision assez enjouée de la vie. Toutefois, quelques uns de ses aphorismes sont empreints d’une mélancolie profonde et se teintent d’une sorte de pessimisme serein qui va droit au cœur du lecteur.

« La source secrète de l’humour n’est pas la joie, mais la tristesse. Il n’y a pas d’humour au paradis. »

« J’ai l’habitude des chants du cygne ; j’en ai chanté plusieurs. »

Le recueil esquisse donc avec justesse le portrait d’un homme complexe souvent indigné, parfois résigné, qui traduit en saillies sarcastiques son expérience aussi bien amère que joyeuse de la vie. Mais bien plus que lui-même, c’est l’Amérique est ses contradictions que Mark Twain nous donne à voir et à la veille des prochaines élections américaines, il nous semble encore plus savoureux de relire ce recueil qui n’a rien perdu de sa pertinence.

« Le progressiste d’un siècle est le conservateur du siècle suivant. Le progressiste invente les idées ; quand il les a usées, le conservateur les adopte. »

Aphorismes, Mark Twain, Arléa, 128 p., 7 euros

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