Du panache en aphorismes

« Quand Dieu crée une belle femme, le diable ouvre un nouveau registre. »

Cette assertion ensorcelante et sensuelle résume bien à elle seule la joie gaillarde qui se dégage des Épigrammes d’Ambrose Bierce. La maison d’édition Allia, férue d’aphorismes en tous genres, nous offre en cette rentrée littéraire ce recueil initialement publié en 1911.

Ambrose Bierce, plus qu’un auteur, c’est avant tout un personnage. Se plonger dans sa biographie, c’est se pencher sur le destin d’un libre penseur qui a mené plusieurs vies en une. Tour à tour soldat nordiste, journaliste, rédacteur en chef, révolutionnaire mexicain, l’écrivain américain s’est illustré dans nombre de disciplines et en a retiré cette vision aiguë des hommes qu’il donne à voir avec brio dans ces aphorismes.

Véritable ode à la vie, ce livre alterne entre considérations morales, remarques hallucinées à la William Blake et dialogues allégoriques. « Qui est-tu, toi qui es dans la boue ? – L’Intuition. J’ai sauté de l’endroit où tu es restée, trouillarde, au bord du marécage. -Bel exploit, madame ; accepte l’admiration de la Raison, que l’on appelle parfois Pieds-secs. »

Ce court recueil, qui se lit à toute vitesse, met en lumière la pensée d’un homme de son temps et nous fait rêver à une réédition de son fameux Dictionnaire du diable. Lisez plutôt la définition de frontière qui n’est pas sans rappeler celle de Pascal, trois siècles auparavant : «  En géographie politique, ligne imaginaire entre deux nations, séparant les droits imaginaires de l’une des droits imaginaires de l’autre. »

Revenons-en aux Épigrammes et concluons par cet aphorisme presque classique d’un Bierce volontiers philosophe : « Les ignorants ne connaissent pas la profondeur de leur ignorance, mais les savants connaissent la superficialité de leur savoir. »

Épigrammes, Ambrose Bierce, Allia, 63 p., 3,10 euros

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