Guichardin, l’oublié

Qui se souvient encore aujourd’hui de Francesco Guicciardini dit François Guichardin et de son oeuvre? Quelques historiens qui ont connaissance de son chef d’oeuvre Histoire d’Italie et peut-être quelques passionnés de la période du XVIème siècle florentin.

C’est que Guichardin a été éclipsé par une figure dont la renommée éblouit toujours, plus de quatre siècles après : celle de Nicolas Machiavel. Les deux hommes s’estimaient fort et ont échangé une longue correspondance partageant les mêmes préceptes de réalisme politique.

Quand l’un excellait de virtuosité dans la composition du Prince, l’autre préférait une écriture plus sobre, claire, sans artifices, visant à l’efficacité politique.

« Comme le dicton des anciens est vrai : Magistratus virum ostendit ! Confiez des affaires aux hommes, donnez-leur de l’autorité : rien ne révélera mieux leur qualité. »

Et Guichardin sait de quoi il parle lorsqu’il écrit cela : tour à tour, ambassadeur de France auprès de Ferdinand le Catholique, gouverneur de Modène, de Reggio et de Parme, il devient commandant des troupes pontificales puis conseiller d’Alexandre de Médicis. Guichardin a donc pratiqué l’art politique en toutes circonstances.

Dans ses Pensées, Guichardin émeut par sa sincérité et sa perpétuelle propension à l’analyse des situations. Plus pratique qu’idéologue, l’homme politique essaie de tirer des leçons générales de sa longue carrière tout en ayant connaissance de leur relativité. Sa plume est sèche, mais le conseil est là, brut d’expérience.

« Les mêmes choses qui, tentées à temps, sont d’une réussite facile et viennent d’elles-mêmes, tentées avant leur heure non seulement ne réussissent pas, mais vous enlèvent souvent la possibilité d’y arriver en temps voulu. Ne vous jetez pas furieusement sur les choses : attendez leur saison et leur maturité. »

« Lorsque j’ai eu à gouverner, je n’ai jamais été pour la cruauté et pour les châtiments exagérés, et ils ne sont point non plus nécessaires ; parce que, à part certains cas où il faut des exemples, il suffit, pour entretenir la terreur, de punir les fautes à quinze sous pour un franc, pourvu qu’on prenne pour règle de bien les punir toutes. »

Guichardin, en homme de faits, léguera à la postérité une Histoire d’Italie, document précieux sur son époque dans laquelle il ne se met que très peu en scène, visant ainsi à l’objectivité historique et des Ricordi aux conseils politiques avisés.

Par sa sagesse et son intelligence très concrètes, Guichardin mérite autant notre attention que son sulfureux contemporain Machiavel et une réédition de ses Ricordi permettrait au lecteur de redécouvrir la profondeur et la modernité de sa pensée politique, ainsi que l’enseigne cet ultime fragment :

« C’est une grande erreur que de parler des choses absolument, sans faire de distinctions, et par règles, pour ainsi dire, car presque toutes comportent des distinctions et des exceptions, de par la variété de circonstances qui empêchent de les ramener à une même mesure. Ces distinctions et ces exceptions, on ne les trouve pas dans les livres : les discernement doit les enseigner. »

Pensées et portraits, Guichardin, Denoël et Stelle, 1933, 147 p.

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