Le paradoxe Gainsbourg

« Je n’ai aucune prétention à être moi-même. »

Ce moi-même si problématique chez Gainsbourg semble changer au gré de ses humeurs et de ses provocations. D’abord peintre, puis compositeur, ces Pensées, provocs et autres volutes nous dévoilent un chanteur complexe, retors qui ne se définit que par le masque qu’il revêt.

Oscillant entre des remarques profondément misogynes et son amour pathologique pour les femmes, Serge Gainsbourg creuse son paradoxe jusqu’à l’extrême à la recherche de l’Absolu :

« Sur ma tombe je veux que l’on rédige cette épitaphe : « Ci-gît le renégat de l’absolu. » Dernière consigne : ne m’enterrez pas en grande pompe, mais à toute pompe ! »

D’une exigence kamikaze avec lui-même, Gainsbourg écrit pour dynamiter le langage et essayer d’atteindre un au-delà des mots. Sa technique de composition est, comme il la définit lui-même, proche de la libre association des surréalistes qui tentaient, par ce biais, d’ouvrir de nouvelles portes à la connaissance humaine.

« Moi je n’ai pas d’idée, j’ai des associations de mots, comme les surréalistes ; carence d’idée. Ça cache un vide absolu, je suis sous vide. »

Lecteur de Lichtenberg ou d’Oscar Wilde, Gainsbourg cultivait l’art du trait d’esprit, qu’il utilisait surtout lors de ses passages dans les médias. Provoquer, pour lui, était vivre, ne pas laisser le cerveau en veille, toujours interroger le monde autour de lui, ses conventions, une véritable hygiène de vie !

« Quand j’ai dit à Whitney Houston : « I want to fuck you », c’était hard, d’accord, mais quelle pire insulte que de dire à une femme : « Vous êtes intirable » ?

Tout au long de ce recueil, le lecteur peut redécouvrir la prose des chansons de l’homme à tête de chou, des extraits de ses interviews et ses pensées. Entre les lignes, se dessine le portrait d’un grand timide, peintre raté et compositeur malgré lui, dont la culture classique soutient une sensibilité exacerbée.

« Je ne veux pas qu’on m’aime mais je veux quand même. »

Dan sa densité paradoxale, ce livre nous fait approcher l’image d’un Gainsbourg différent, comme vu de profil. A tous les curieux, procurez vous cet ouvrage, vous y rencontrerez des aphorismes surprenants du compositeur et pourrez céder, par là même, à la douce nostalgie de ses chansons.

Ce recueil en forme de portrait fragmentaire remplit sa mission : celle de dévoiler pudiquement la complexité d’un homme qui disait de lui-même, par le truchement d’un aphorisme :

« Il y a une citation qui me plaît bien : « J’ai mis mon génie dans ma vie et mon talent dans mon œuvre. Elle est d’Oscar Wilde. »

Pensées, provocs et autres volutes, Serge Gainsbourg, Le livre de poche, 5,10 euros

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