Un peu de tormaïeutique ?

« L’homme est un oignon, le plus noble de la nature, mais c’est un oignon pelant – comme les autres. »

Mais que peut bien être la tormaïeutique, vous demandez vous sûrement ? Selon Jean Borzic, préfacier des Euphorismes de Julien Torma parus en 1978 aux éditions Paul Vermont, la tormaïeutique est « une façon très spéciale de tordre le cou à toute idée dès qu’elle est accouchée. ». En jaillit un recueil d’une singularité jouissive, totalement barré, qui s’ingénie à tordre, retordre, détordre nos préjugés et nos pensées, à coup de truelle stylistique.

« Chéries et fades, les images sont les choux-navets du poème. »

Tout le monde s’interroge. Qui est Julien Torma ? Est-ce un écrivain qui a réellement existé, un collectif, ou bien encore l’avatar d’un auteur qui souhaitait se cacher derrière un pseudonyme ? Seul le Collège de pataphysique et quelques rares élus détiennent les clés de ce secret bien gardé et à vrai dire, le mystère qui entoure la personne de Torma n’éclipse en rien la force et la profondeur de ses textes, bien au contraire !

« Il ne s’agit tout de même pas de se prendre pour une énigme, quand on n’est que mots croisés. Inutile de partir en croisade pour en trouver la solution (ou la dissolution) au fond d’un sépulchre. »

Que dire maintenant de ses Euphorismes ? Des adjectifs viennent instantanément à l’esprit : iconoclastes, libertaires, dadaïstes, érudits, moqueurs… Et effectivement les fragments rédigés par Torma sont un peu tout ça à la fois. On alterne entre récits de rêves fascinants, saillies anarchiques et contestataires, variations sur un thème donné et souvent des jeux de mots qui rappellent fortement la langue d’un Lautréamont.

« Tout homme en bonne santé et normalement constitué doit avoir dans sa pensée, sinon dans ses actes, une proportion d’idéal qu’on peut fixer autour de 22%. »

Il faut lire Torma ! Il faudrait même le rééditer ! Ses Euphorismes sont d’une étrangeté paralysante, parfois électrifiante. L’auteur nous accule souvent à réfléchir aux bien- ou au mal-fondé de nos conceptions sociales et à infléchir les préjugés qui en sont issus. Loin de la sentence moralisante, le style Torma, c’est une forte bourrasque – un blizzard même ! – qui souffle dans l’univers parfois feutré des recueils d’aphorismes.

« L’importance n’a pas d’importance. »

Qu’importe la paternité de cette œuvre, le génie est là, indéniablement ! Lisez, dévorez, plongez vous dans la constellation Torma et que vos idées se tordent le cou, glissent, dérapent, s’étalent sous leurs propres poids ! Entendez-vous au loin cette musique, le chant de la mauvaise conscience qui murmure, le ton fanfaron de la liberté qui, fière et folle, brandit son étendard dans la grande nuit noire de la littérature ?

« Je ne sais pas, je soupçonne. (Ce n’est pas une devise, c’est une constatation.) »

Euphorismes, Julien Torma, Éditions Paul Vermont ,74 p.

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