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	<title>Gallimard Archives - Aphorismundi</title>
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	<description>Association de promotion de l’aphorisme </description>
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		<title>Cent phrases pour un chef d’œuvre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Sep 2022 20:11:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorismes]]></category>
		<category><![CDATA[Cent phrases pour éventails]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[NRF]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Claudel]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>     Le camélia            comme une idée rouge                éclatante et froide Quelle beauté, quelle sensualité, éclatantes elles aussi, se dégagent de ces vers de Cent phrases pour éventails de Paul Claudel&#160;! Le projet est totalement original. Ambassadeur de France à Tokyo, l’auteur décide d’écrire, entre 1926 et 1927,&#46;&#46;&#46;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<pre class="wp-block-verse has-white-background-color has-background">     <em>Le
camélia            comme une idée
  rouge                  éclatante
                            et froide</em> </pre>



<p>Quelle beauté, quelle sensualité, éclatantes elles aussi, se dégagent de ces vers de <em><a href="https://lcp.gallimard.fr/fr/products/cent-phrases-pour-eventails" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Cent phrases pour éventails</a></em> de Paul Claudel&nbsp;! Le projet est totalement original. Ambassadeur de France à Tokyo, l’auteur décide d’écrire, entre 1926 et 1927, ou plutôt de dessiner des petits poèmes sur des éventails qui seront également ornés d’idéogrammes japonais. Il faut donc s’imaginer – ô délicieuse idée &#8211; s’éventer avec cette poésie, le souffle frais du vent faisant écho au souffle métaphorique des mots.</p>



<pre class="wp-block-verse has-white-background-color has-background"><em>Éventail                        Ce ruban
                           demi-circulaire
                           est l’horizon
                           et la pointe du
                           triangle est l’
                                                    oeil</em></pre>



<p>Initialement parues, au Japon, sous forme d’éventails ou d’accordéons de papier, dépliables à l’orientale, les « phrases » de ce recueil seront finalement publiées, en France, en 1942, accompagnées d’une préface de l’auteur. Dans sa volonté de brouiller les frontières aussi bien géographiques que poétiques, Paul Claudel n’hésite pas à mêler la tradition japonaise des haïkus et des idéogrammes à la poésie occidentale pour donner naissance à une écriture très libre, conviant le lecteur à un voyage dépaysant et inédit.</p>



<pre class="wp-block-verse has-white-background-color has-background"><em>Quatre              La couleur et la
heures             lumière      le soleil
   du                 et la lune           se
matin              mêlent    comme
                       l’eau avec le vin</em></pre>



<p>Grâce à la disposition singulière des mots sur l’éventail, la lecture devient un espace ludique. Elle peut s’effectuer de manière aussi bien verticale qu’horizontale, célébrant ainsi la liberté du lecteur. Certains mots se disloquent. Les lettres, par la sensualité de leurs courbes, la rigidité de leurs traits, deviennent des idéogrammes. Dans cette épure poétique où se confondent Orient et Occident, Paul Claudel nous invite à une contemplation sereine de la nature où les dieux millénaires se prélassent à l’ombre des cèdres et des glycines.</p>



<pre class="wp-block-verse has-white-background-color has-background">   <em>La                   du      printemps
danse              deplusenplusvite
                        àlamesuredeschoses
                        qui croissentetse
                                   m
                           u l t i p l i e n t</em></pre>



<p>L’auteur se joue de toutes les traditions littéraires, y compris celle de l’aphorisme, pour créer une unité de sens unique et poétique : «&nbsp;la phrase&nbsp;». La beauté des pivoines, la fumée de l’encens, le ruissellement de l’eau, laissez-vous emporter par le flot des images et le souffle poétique si singulier de ce chef d’œuvre inclassable&#8230;</p>



<pre class="wp-block-verse has-white-background-color has-background"><em>Moins             la rougeur
                       de la pourpre
                       que le      s
                            on
                            de
                              l'
                            o r</em></pre>



<p><em>Cent phrases pour éventails, Paul Claudel, NRF, Poésie Gallimard, 168 pages, 7,80 euros</em></p>
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		<title>Georges Braque, aphoriste</title>
		<link>https://aphorismundi.com/le-blog/georges-braque-aphoriste/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Apr 2017 12:16:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorismes]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Georges Braque]]></category>
		<category><![CDATA[Le jour et la nuit]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Oublions les choses, ne considérons que les rapports. » On connaissait Georges Braque peintre, graveur ou encore sculpteur mais qui a déjà entendu parler du Georges Braque aphoriste ? Réunissant bien plus que des considérations sur la peinture, ses Cahiers de 1917 à 1952 ont été publiés par Gallimard sous le titre&#46;&#46;&#46;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;"><i>« Oublions les choses, ne considérons que les rapports. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><span style="font-size: medium;">On connaissait Georges Braque peintre, graveur ou encore sculpteur mais qui a déjà entendu parler du Georges Braque aphoriste ? Réunissant bien plus que des considérations sur la peinture, ses </span><span style="font-size: medium;"><i>Cahiers</i></span><span style="font-size: medium;"> de 1917 à 1952 ont été publiés par Gallimard sous le titre </span><span style="font-size: medium;"><i>Le jour et la nuit</i></span><span style="font-size: medium;">. Quelle délicieuse et surprenante découverte que ce court opus! Si Braque avait éminemment le sens de la composition picturale, il n&rsquo;était pas en reste en terme de précision et de netteté dans le trait d&rsquo;esprit.</span></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><i><span style="font-size: medium;">« Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d&rsquo;expliquer. »</span></i></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><span style="font-size: medium;">En effet, son vocabulaire est choisi, sa langue rapide et tonique, sa phrase une mécanique tendue vers l&rsquo;idée. Braque se fait ici le digne héritier des moralistes du 17</span><sup><span style="font-size: medium;">ème</span></sup><span style="font-size: medium;"> siècle en intégrant la structure rythmée et souvent binaire de l&rsquo;aphorisme. Esprit analytique, il tente de cerner au plus près et de définir des notions complexes ayant trait à l&rsquo;Homme et sa représentation du monde. Outre ses remarques très intéressantes sur la peinture, il aborde tous les thèmes, de la politique à la métaphysique, en passant par le langage.</span></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><i><span style="font-size: medium;">« La conscience est la mère du vice. »</span></i></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><i><span style="font-size: medium;">« L&rsquo;idéalisme est une forme convenue de l&rsquo;espérance. »</span></i></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><span style="font-size: medium;">C&rsquo;est donc un carnet de réflexions et de pensées que le lecteur a ici sous les yeux. Inlassablement, Braque tente de s&rsquo;approcher le plus près possible de la vérité en essayant de nous en faire voir les deux faces tel un ruban de Möbius. Une notion répond à une autre : le perpétuel s&rsquo;observe dans le fugace, le vrai dans les mensonges, et l&rsquo;art dans ses rapports complexes et ambivalents avec la nature. Étonnants, ses aphorismes ne sont jamais fortuits et semblent découler d&rsquo;une réflexion longue et soutenue.</span></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><i><span style="font-size: medium;">« Le tableau est fini quand il a effacé l&rsquo;idée. »</span></i></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><span style="font-size: medium;">Parfois, un trait d&rsquo;humour vient égayer ce recueil dense qui se lit pourtant d&rsquo;une traite. Être </span><span style="font-size: medium;"><u>présent</u></span><span style="font-size: medium;"> au monde, telle semble être l&rsquo;ambition du peintre aussi bien dans sa vie qu&rsquo;à travers son art. Conscient de ses limites et du périmètre resserré que couvre notre conscience, il exhorte le lecteur à l&rsquo;humilité et à la méfiance. Chantre de l&rsquo;esprit critique et de la raison, Braque nous laisse toute la place pour penser ses aphorismes et parfois, nous reviennent, comme en surimpression au recueil, ses tableaux sublimes qui font écho à ses mots non moins sublimes.</span></span></p>
<p><span style="font-size: large;"><i><span style="font-size: medium;">« Nous n&rsquo;aurons jamais de repos : le présent est perpétuel. »</span></i></span></p>
<p><i>Georges Braque, Le jour et la nuit, Gallimard, NRF, 2011, 12,70 euros</i></p>
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		<title>Entretien avec Gérard Macé</title>
		<link>https://aphorismundi.com/le-blog/entretien-gerard-mace/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2017 10:26:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Gérard Macé]]></category>
		<category><![CDATA[Pensées simples]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Gérard Macé est poète, essayiste et photographe. Après le recueil Pensées simples publiées en 2011 chez Gallimard et La Carte de l&#8217;empire en 2014, nous l&#8217;avons rencontré à l’occasion de la parution du troisième volume de ses Pensées simples intitulé Des livres mouillés par la mer. Nous avons tenu, pour&#46;&#46;&#46;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;">Gérard Macé est poète, essayiste et photographe. Après le recueil </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;"> publiées en 2011 chez Gallimard et </span><span style="font-size: medium;"><i>La Carte de l&#8217;empire</i></span><span style="font-size: medium;"> en 2014, nous l&rsquo;avons rencontré à l’occasion de la parution du troisième volume de ses </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;"> intitulé </span><span style="font-size: medium;"><i>Des livres mouillés par la mer</i></span><span style="font-size: medium;">. Nous avons tenu, pour plus d&rsquo;authenticité, à conserver la dimension orale de cet entretien que voici.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Pensez-vous que le troisième volume des </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b> diffère des deux premiers ? Si oui, en quoi ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Non, je ne crois pas. Peut-être dans la teneur, dans les sujets abordés, mais dans le principe, dans la forme même, non. Je voulais qu&rsquo;il y ait au moins trois volumes parce que deux volumes, c&rsquo;est un diptyque, c&rsquo;est une suite. Trois volumes, ça introduit quelque chose de plus dynamique, de plus circulaire. En même temps, je n&rsquo;ai pas envie de me répéter indéfiniment ou d&rsquo;adopter une forme pour toujours. J&rsquo;ai généralement envie de bouger, envie d&rsquo;être surpris quand j&rsquo;écris. J&rsquo;ai fait trois volumes à peu près dans le même élan. Je ne suis pas s</span>û<span style="font-size: medium;">r de continuer mais après tout, la surprise, ce sera peut-être que ça continue. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Lorsque vous écrivez, obéissez-vous à un plan qui détermine votre projet littéraire ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Non. Je n&rsquo;obéis à aucun plan. Ce n&rsquo;est pas un projet, quelque chose de préétabli</span><span style="font-size: medium;">. </span>Q<span style="font-size: medium;">uand j&rsquo;écris, donc,</span><span style="font-size: medium;"> je me laisse guider – c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs mon plaisir et j&rsquo;espère celui du lecteur – </span><span style="font-size: medium;">par </span><span style="font-size: medium;">ce qui vient, par ce qui se présente, par ce qui s&rsquo;associe ou provoque des dérives. Quand on cherche à défendre ou à démontrer quelque chose, on a un parcours qui vise une cible. Moi, non. C&rsquo;est pourquoi je me réclame souvent d&rsquo;auteurs comme Montaigne mais aussi quelqu&rsquo;un comme Joubert*</span> <span style="font-size: medium;">que je cite en exergue du dernier volume, et qui sont des penseurs aventureux, parce qu&rsquo;ils saisissent des instants qui s&rsquo;accumulen</span><span style="font-size: medium;">t, et qui finissent par faire une pensée qui elle-même</span><span style="font-size: medium;"> montre son élaboration et pas seulement sa conclusion, qui partage son chemin avec le lecteur. La littérature qui m&rsquo;intéresse est une littérature dont l&rsquo;auteur maîtrise le processus mais ne le cache pas.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span><span style="font-size: medium;"><b> La composition d&rsquo;un recueil est-elle capitale pour vous ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Je ne sais pas si c&rsquo;est capital mais c&rsquo;est important. Ce n&rsquo;est pas plus important que ce que je raconte, bien entendu. Mais ce que je raconte est soumis à la composition</span>,<span style="font-size: medium;"> ou plutôt la composition elle-même peut entraîner des notes ou des passages que je ne prévoyais pas au départ. En même temps, je n&rsquo;ai pas envie que ça devienne purement thématique pour être plus libre. Une écriture </span><span style="font-size: medium;"><i>« à sauts et à gambades »</i></span><span style="font-size: medium;"> disait Montaigne.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi </b></u></span><span style="font-size: medium;"><b>: </b></span><span style="font-size: medium;"><b>Comment</b></span><span style="font-size: medium;"><b> concevez-vous la construction d&rsquo;un recueil ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé </u></span><span style="font-size: medium;">: La</span><span style="font-size: medium;"> difficulté, c&rsquo;est de commencer. Ça a été le cas pour les trois volumes. Mais en même temps, c&rsquo;est très excitant puisque, comme dans un puzzle, je connais pas l&rsquo;image finale de l’œuvre et ne dispose que de trois ou quatre éléments. Ils peuvent se retrouver à la fin à des endroits différents ou être précédés par d&rsquo;autres éléments. Au fur et à mesure que les pièces du puzzle se révèlent, j&rsquo;en trouve d&rsquo;autres et il faut qu&rsquo;elles ne viennent pas dans un parfait désordre ou que ça ait l&rsquo;air tout à fait aléatoire. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Nous avons une vie de l&rsquo;esprit qui a une cohérence mais cette cohérence n&rsquo;est pas tout à fait donnée d&rsquo;avance. Ce qui est très intéressant dans l&rsquo;écriture littéraire, c&rsquo;est précisément que l&rsquo;on découvre une cohérence ou des propos qu&rsquo;on ne savait pas devoir tenir d&rsquo;avance. Donc en écrivant, on se découvre aussi. Starobinski dit : </span><span style="font-size: medium;"><i>« l&rsquo;essayeur s&rsquo;essaie lui-même. ». </i></span><span style="font-size: medium;">L</span><span style="font-size: medium;">a composition avance ainsi petit à petit un peu de façon musicale. Le début et la fin ne sont pas établis par avance. Je ne sais pas bien où je vais. Je ne sais pas forcément par où je passerai. Le titre joue un rôle cela dit. Quand le titre s&rsquo;impose, il y a quelque chose qui se resserre. La cohérence dont je parlais, petit à petit, resserre le propos.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span><span style="font-size: medium;"><b> P</b></span><span style="font-size: medium;"><b>ensez-vous qu&rsquo;il y aura d&rsquo;autres volumes des </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b> ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> C&rsquo;est ouvert mais pour être tout à fait sincère avec vous, je ne le pense pas. Après la fin du troisième volume, j&rsquo;ai continué par ce que j&rsquo;appelle des amorces, c&rsquo;est à dire des textes dont je ne sais pas bien ce qu&rsquo;ils sont et où ils iront éventuellement.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Je me suis arrêté parce qu&rsquo;au fond, il est bon, à un certain moment, de repousser ce qui vient. Si je dois en faire un quatrième, il faut vraiment qu&rsquo;il y ait un élan, du désir, de l&rsquo;énergie qui se refasse, qui me porte de nouveau. Je peux continuer sur ma lancée mais ça ne m&rsquo;intéresse pas beaucoup. Il faut qu&rsquo;il se passe quelque chose. Je ne sais pas quoi mais ça peut venir ou alors j&rsquo;écrirais d&rsquo;une autre façon parce qu&rsquo;il y a quelque chose qui est toujours à l’œuvre, un peu à côté ou par dessous : c&rsquo;est l&rsquo;écriture du poème.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Comme vous venez de nous le rappeler, vous êtes également poète. Avez-vous écrit les <em>Pensées simples</em> en même temps que vos recueils de poème?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Quand je suis dans l&rsquo;écriture d&rsquo;un livre de poèmes, je n&rsquo;écris rien d&rsquo;autre. Mais ce n&rsquo;est pas aussi réglé que ça. Je n&rsquo;ai pas d&#8217;emploi du temps fixe. Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;horaires pour écrire. Je ne me mets pas à ma table car je n&rsquo;aime pas beaucoup ça. Je travaille plutôt mentalement et ensuite je me mets au clavier quand c&rsquo;est à peu près mûr. C&rsquo;est très souple, très libre tout ça.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>En quoi l&rsquo;écriture des </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b> diffère-t-elle de l&rsquo;écriture poétique ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Ce qu&rsquo;il y a de différent dans le poème, c&rsquo;est la totale liberté : c&rsquo;est un non-travail. Et pourtant, on peut mettre longtemps à écrire un poème à partir de quelques mots, d&rsquo;un vers qui est un départ. Mais le poème se met à travailler seul à partir d&rsquo;un certain moment. Il s&rsquo;impose. Il vient ronronner quand on marche, quand on s&rsquo;endort et on ne rédige plus. On obéit à ce qui vient tout en le maîtrisant, sinon on a quelque chose qui est illisible pour l&rsquo;autre ou cela devient de l&rsquo;écriture automatique ou semi automatique. Ce que j&rsquo;écris n&rsquo;est pas de cet ordre.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Que voyez-vous de commun entre l&rsquo;écriture des </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b> et la composition de votre œuvre poétique?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Ce qu&rsquo;il y a de commun, c&rsquo;est la concision, la brièveté. On pourrait me répondre : on peut écrire des poésies longues et très éloquentes, même des discours en vers ou </span><span style="font-size: medium;"><i>La Légende des siècles</i></span><span style="font-size: medium;">. Mais la poésie contemporaine est plutôt de l&rsquo;ordre du bref. Je suis contemporain, quoi que je fasse et ce que j&rsquo;aime dans les volumes de poésie, ce sont l&rsquo;attaque et la fin.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Dans le poème, il y a quelque chose, dans mon cas, qui est plus de l&rsquo;ordre associatif, analogique, métaphorique et un peu moins de l&rsquo;ordre du discours. C&rsquo;est une question d&rsquo;accent. Dans les </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;">, c&rsquo;est quelque chose de davantage de l&rsquo;ordre du discours même si le discours est tenu et concis.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Vous ne définissez pas vos </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b> comme des fragments. Pourquoi ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Je ne veux pas en faire une polémique académique mais le mot fragment me gène un peu car le fragment suppose, je crois, qu&rsquo;il y ait quelque chose d&rsquo;inachevé. On peut parler de fragments chez Novalis parce que c&rsquo;est le cas. Ce qu&rsquo;on a retrouvé de Sapho, pour remonter plus loin dans le temps, ce sont des fragments. Pareil pour Héraclite, car ce sont des fragments au vrai sens du terme, c&rsquo;est à dire que l&rsquo;on a pas tout mais qu&rsquo;on peut supposer que le texte était plus long, qu&rsquo;il ne nous en est parvenu que des morceaux. Je ne crois pas que mes textes soient des morceaux inachevés. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Autre chose, il a y a des fragments qui peuvent avoir l&rsquo;air achevé mais qui supposent une totalité dans une vision du monde. C&rsquo;est le cas des </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées</i></span><span style="font-size: medium;"> de Pascal. Ce n&rsquo;est pas mon </span><span style="font-size: medium;">cas, car</span><span style="font-size: medium;"> je ne crois pas à je ne sais quelle aube dorée – c&rsquo;est par ailleurs une expression redoutable car c&rsquo;est le nom d&rsquo;un parti fasciste </span><span style="font-size: medium;">gre</span>c<span style="font-size: medium;"> – mais j&#8217;emploie exprès le mot car quand on regarde la Grèce de Heidegger, il y aurait une aube dorée dans le monde, en tous cas, dans la civilisation occidentale qu&rsquo;il faudrait retrouver. Cette totalité perdue suppose toujours qu&rsquo;on veuille la retrouver et ça donne les dérives politiques que l&rsquo;on a constaté souvent. Je ne partage pas cela. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Je ne crois pas non plus – et ce serait une critique du marxisme &#8211; à une explication du monde ou à une grille interprétative qui couvrirait la réalité parce que le réel nous surprend toujours. I</span><span style="font-size: medium;">l</span><span style="font-size: medium;"> est toujours en train de fuir ou </span><span style="font-size: medium;">alors </span><span style="font-size: medium;">nous sommes toujours en train de le découvrir, à travers ses représentations</span><span style="font-size: medium;"> et </span><span style="font-size: medium;">moi j&rsquo;aime ce réel que je ne peux pas posséder ou cadenasser. Je préfère instituer des relations changeantes ou évolutives au monde plutôt que de l&rsquo;expliquer car j&rsquo;en suis incapable mais je vois que personne n&rsquo;y est arrivé.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span><span style="font-size: medium;"><b> Quels sont les auteurs qui vous ont le plus inspiré pour les </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples </b></i></span><span style="font-size: medium;"><b>?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé : </u></span><span style="font-size: medium;">Il y en a un à qui j&rsquo;ai emprunté la citation en exergue, c&rsquo;est Joubert. Joubert a</span> <span style="font-size: medium;">de plus en plus, d&rsquo;importance pour moi. Il m&rsquo;accompagne depuis longtemps. Je l&rsquo;ai découvert autour de ma vingtième année. Il faut peut-être rappeler que Joubert n&rsquo;a rien publié de son vivant &#8211; qu&rsquo;il </span>ait<span style="font-size: medium;"> pris le risque de l&rsquo;oubli me plaît beaucoup</span> <span style="font-size: medium;">comme attitude humaine. C&rsquo;était un ami de Chateaubriand, qui a vécu à cheval sur le 18ème</span><span style="font-size: medium;"> et le début du 19ème</span><sup><span style="font-size: medium;"> </span></sup><span style="font-size: medium;">siècle</span><span style="font-size: medium;">. Il a laissé ce qu&rsquo;on appelle des </span><span style="font-size: medium;"><i>Carnets</i></span><span style="font-size: medium;"> ou des </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées</i></span><span style="font-size: medium;">, à charge pour ses amis d&rsquo;en faire une ou des éditions posthumes. Il y a des notes qui en font un héritier des moralistes mais on voit aussi, dès qu&rsquo;on le lit, qu&rsquo;il échappe à cela, que l&rsquo;essentiel est ailleurs. Il est l&rsquo;héritier de ce genre de littérature qui cherche à établir des vérités qui tendraient vers l&rsquo;éternel, qui suppose une formulation stricte, la meilleure possible, qui puisse être partagée par le plus grand nombre. Chez Joubert, il y a autre chose, des notations sur la lumière, sur l&rsquo;illusion, sur la poésie beaucoup. C&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui jouit du monde en étant en retrait – je ne déteste pas cette attitude. Il y a quelqu&rsquo;un qui est dans l&rsquo;ombre mais qui observe la lumière. Il y a quelque chose, on a l&rsquo;a dit quelques fois, d&rsquo;un peu taoïste. Il y a l&rsquo;idée d&rsquo;un monde flottant et une grande idée de l&rsquo;éphémère bien qu&rsquo;il soit croyant, comme la plupart des gens de son époque.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Quel livre d&rsquo;aphorismes ou de fragments aimez-vous particulièrement ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> J&rsquo;étais très sensible, quand j&rsquo;étais étudiant, à René Char mais je le suis moins maintenant parce que je lui trouve quelque chose d&rsquo;ampoulé quelques fois. Cela dit, je suis très sensible à l&rsquo;aphorisme dans le poème et j&rsquo;aime toujours beaucoup les </span><span style="font-size: medium;"><i>Feuillets d&rsquo;Hypnos. </i></span><span style="font-size: medium;">Ces </span><span style="font-size: medium;"><i>Feuillets</i></span><span style="font-size: medium;"> sont nés d&rsquo;une expérience. René Char </span>a <span style="font-size: medium;">été héroïque pendant la guerre. Il a risqué sa peau</span>, c<span style="font-size: medium;">e n&rsquo;est pas un poète en chambre. Ce n&rsquo;est pas pour rien si ces </span><span style="font-size: medium;"><i>Feuillets </i></span><span style="font-size: medium;">sont publiés par Camus. Ils contiennent beaucoup de passages proprement aphoristiques et qui sont merveilleusement trouvés.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Vous n&rsquo;êtes pas très sensible aux moralistes du 17ème</b></span><span style="font-size: medium;"><b> siècle, par exemple ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Je peux l&rsquo;être mais ce n&rsquo;est pas ma lecture de chevet. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>J&rsquo;ai remarqué que dans les deux premiers volumes des </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Pensées simples</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b>, il n&rsquo;y a aucune notation sur la morale&#8230;</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> C&rsquo;est vrai. Vous avez raison. Ce que vous me dites, ça me fait penser à une remarque de Michaux dans </span><span style="font-size: medium;"><i>Poteaux d&rsquo;angle. </i></span><span style="font-size: medium;">Voilà un livre qui n&rsquo;est pas proprement aphoristique mais qui n&rsquo;en est pas loin et qui contient une part de morale aussi. </span><span style="font-size: medium;"><i>Poteaux d&rsquo;angle</i></span><span style="font-size: medium;">, pour moi, est un livre vraiment très important, assez peu aperçu, qu&rsquo;on peut relire dix fois. Michaux y dit que ce qui compte aussi, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on a évité de dire. Dans le vocabulaire, les mots qu&rsquo;on n</span>’<span style="font-size: medium;">emploie jamais sont tout aussi importants que ceux qu&rsquo;on emploie souvent. Il y a des évitements qui sont très parlants. Pour le terme de morale, je n&rsquo;y avais pas vraiment pensé car je n&rsquo;ai pas de mal à l&rsquo;éviter. Je ne cherche pas à le contourner. Ce n&rsquo;est pas là tout simplement. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Quelque chose vous gêne-t-il dans l&#8217;emploi du mot « morale » ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Peut-être que ce qui me gêne c&rsquo;est la position absolument morale, la vérité qui se veut éternelle. Je ne suis pas ennemi de la vérité, loin de là, surtout la vérité historique, mais on sait aussi que les approches changent et que nos vérités sont fragiles et éphémères. En tous cas, elles ne valent pas pour toujours. Alors que dans la maxime, au sens du 17ème</span><span style="font-size: medium;"> siècle, il y a quelque chose qui se veut plus durable, plus gravé dans le marbre. Peut-être est-ce cela qui me gêne. Le dernier moraliste, ce serait peut-être Cioran. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Cette tradition des moralistes, après Cioran, est en train de disparaître, en ce moment&#8230;</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Oui ou est en train de se métamorphoser. Car ce qui disparaît est en fait quelque chose qui change. Qu&rsquo;on ne reconnaît pas toujours de prime abord. Ce qui est intéressant, c&rsquo;est la métamorphose. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Dans vos deux livres, vous parlez très peu de vous-même et beaucoup des autres. Privilégiez-vous, à l&rsquo;instar de Michel Tournier dans son </b></span><span style="font-size: medium;"><i><b>Journal extime</b></i></span><span style="font-size: medium;"><b>, une écriture du dehors ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;">Oui. Sans doute, car il y a une sorte de pudeur qui doit tenir à l&rsquo;éducation. Mais il y a plus : je pense qu&rsquo;on n&rsquo;est pas soi-même en dehors d&rsquo;une relation aux autres qui peut être amoureuse, amicale, peut-être esthétique à travers des œuvres qu&rsquo;on admire, des tableaux qu&rsquo;on privilégie. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Pour s&rsquo;étaler sur soi, il faudrait être s</span>ûr<span style="font-size: medium;"> de ce qu&rsquo;on est et que le moi, au lieu d&rsquo;être changeant, soit déjà une statue. Par ailleurs, rien ne m&rsquo;intéresse tant que de ressusciter les choses et les êtres. C&rsquo;est peut-être pourquoi je suis sensible à Joubert : son absence dans le paysage littéraire de son époque et depuis son intermittence. Quant à parler de moi, je crois que cela arrive plus dans les </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;"> que dans les autres livres. Il y a quand même une forme d&rsquo;autobiographie intermittente et lacunaire mais une autobiographie, en tant que telle, ne m&rsquo;intéresserait pas du tout. Je ne saurais même pas quoi dire. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Vous êtes également photographe. Y a-t-il un rapport entre votre travail de photographe et votre goût pour la forme brève ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> Oui, bien sur, il y a un rapport. Je ne pourrai pas être cinéaste, par exemple, car je n&rsquo;ai pas d&rsquo;imagination romanesque. Je suis incapable d&rsquo;inventer une forme longue. Je retiens mal les scénarios mais j&rsquo;adore les histoires, les contes, les apologues, la mythologie, sans doute plus que le roman. Le poème me paraît plus proche de la photographie que du cinéma. Je suis très cinéphile. Il m&rsquo;est déjà arrivé d&rsquo;élaborer un poème ou un début de poème en voyant des films. Cela tient plus de l&rsquo;état dans lequel cela me met, plutôt que du film lui-même : un état de rêverie, de demi-sommeil, un peu d&rsquo;hypnose ou d&rsquo;attention flottante pour employer le vocabulaire des analystes.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>De quelle nature est le lien qui unit votre travail de photographe et d&rsquo;écrivain ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé </u></span><span style="font-size: medium;">:</span><b> </b><span style="font-size: medium;">La photo, comme pratique, est très semblable à l&rsquo;écriture de la brièveté car il s&rsquo;agit de fureter, d&rsquo;être aux aguets, de saisir le moment juste, dans un cadre à la fois étroit et précis ; puis à l&rsquo;intérieur de ce cadre, de composer. Quand on publie un livre de photos, il s&rsquo;agit de trouver un ordre cohérent, ce qu&rsquo;on appelle une composition, à partir de fragments.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>En guise de conclusion, pourriez-vous me dire un aphorisme que vous sauriez par cœur ? </b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><span style="font-size: medium;"> En voici un : </span><span style="font-size: medium;"><i>« L&rsquo;heure du crime n&rsquo;est pas la même pour tous les peuples. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on explique la permanence de l&rsquo;Histoire. »</i></span><span style="font-size: medium;"> qui est de Cioran, dans </span><span style="font-size: medium;"><i>Syllogismes pour l&rsquo;amertume</i></span><span style="font-size: medium;">. </span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span style="font-size: medium;"><b>Pourquoi vous vient-il </b></span><b>à</b><span style="font-size: medium;"><b> l&rsquo;esprit spontanément, selon vous ?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u>Gérard Macé :</u></span><u><b> </b></u><span style="font-size: medium;">Je pense que c&rsquo;est un sentiment de l&rsquo;Histoire qui me préoccupe et qui me paraît très juste. On voit bien, hélas, que les crimes se renouvellent, que les tragédies changent de latitudes et que ceux qui ont souffert peuvent devenir bourreaux. Il y a une limite dans l&rsquo;expression de Cioran qui tient à son passé roumain et à sa compromission dans l&rsquo;admiration du nazisme. C&rsquo;est donc une pensée qui l&rsquo;arrangeait mais il n&rsquo;en demeure pas moins que je la trouve extrêmement juste et merveilleusement formulée.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span><span style="font-size: medium;"><b> Merci beaucoup Gérard Macé d&rsquo;avoir répondu à toutes nos questions.</b></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: small;">*Joseph Joubert (1754-1824), écrivain français, auteur de notes, de réflexions et de pensées au caractère aphoristique, publiées de manière posthume</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Nous tenons une nouvelle fois à remercier Gérard Macé pour cet entretien qu&rsquo;il a bien voulu nous accorder et ne saurons trop que vous conseiller la délicieuse et instructive lecture des trois volumes des </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;"> dont il est question ici : </span><span style="font-size: medium;"><i>Pensées simples</i></span><span style="font-size: medium;">, </span><span style="font-size: medium;"><i>La Carte de l&#8217;empire</i></span><span style="font-size: medium;"> et </span><span style="font-size: medium;"><i>Des livres mouillés par la mer</i></span><span style="font-size: medium;">, tous trois parus chez Gallimard. Bonne découverte !</span></p>
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		<title>Kafka : métaphysique de l&#8217;aphorisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2015 05:26:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorismes]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Kafka]]></category>
		<category><![CDATA[Zürau]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Le vrai chemin passe par une corde qui n&#8217;est pas tendue en hauteur mais au ras du sol. Elle semble être là davantage pour faire trébucher que pour porter le pied. » Tels seront les aphorismes de Franz Kafka, tout au long du recueil, hermétiques, semblant tendre un piège à la&#46;&#46;&#46;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Le vrai chemin passe par une corde qui n&rsquo;est pas tendue en hauteur mais au ras du sol. Elle semble être là davantage pour faire trébucher que pour porter le pied. »</em></p>
<p>Tels seront les aphorismes de Franz Kafka, tout au long du recueil, hermétiques, semblant tendre un piège à la raison du lecteur&#8230; Solitaires sur la page, comme le souhaitait l&rsquo;auteur, ils apparaissent, trônant au milieu du vide, du rien, sans lien les uns avec les autres, tantôt descriptifs, tantôt péremptoires, semblables à des précipités d&rsquo;angoisses et de pensées.</p>
<p>En plein combat avec son démon, Kafka s&rsquo;interroge sur la notion du bien et du mal en accordant une grande place, dans sa mythologie personnelle, à la question du paradis et du péché :</p>
<p><em>« Quand on a accueilli le mal une première fois, il n&rsquo;exige plus que l&rsquo;on croie en lui. »</em></p>
<p><em>« Nous avons été créés pour vivre dans le paradis, le paradis était destiné à nous servir. Notre destinée a été modifiée ; que la destinée du paradis l&rsquo;ait été également, ce n&rsquo;est pas dit. »</em></p>
<p>Se déroule alors le ruban de Moebius des pensées ayant pour objet l&rsquo;homme et sa place dans le monde qui alterne sans cesse entre liberté et enfermement.</p>
<p><em>« Une cage s&rsquo;en fut chercher un oiseau. »</em></p>
<p><em>« L&rsquo;esprit n&rsquo;est pas libre tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas lâché prise. »</em></p>
<p>Une image sombre de l&rsquo;être humain émerge de ces aphorismes crus et énigmatiques. Une seule porte reste ouverte pour le bonheur grâce à la croyance en un dieu personnel, que Kafka désigne comme l&rsquo;indestructible en soi.</p>
<p><em>« Théoriquement, il y a une possibilité de bonheur parfaite : croire en l&rsquo;indestructible en soi et ne pas chercher à l&rsquo;atteindre. »</em></p>
<p>Complexes, les textes de Kafka résistent à la compréhension immédiate du lecteur, exigent une lecture et une relecture attentive pour essayer d&rsquo;en tirer un quelconque suc existentiel. Il est nécessaire de se laisser irriguer, en silence, par la prose de l&rsquo;auteur et être disposé à écouter le ressac lointain que créent ces phrases au caractère oraculaire.</p>
<p>Composés à Zürau, à une période où Kafka se savait heureux, ces aphorismes traduisent la volonté de l&rsquo;auteur de réduire son savoir et son expérience à l&rsquo;essentiel et de s&rsquo;interroger, frontalement, sans artifices, sur les doutes qui le taraudaient.</p>
<p>Pour s&rsquo;approcher au plus près du monde, Kafka donnait un conseil, celui qui clôt ce recueil :</p>
<p><em>« Il n&rsquo;est pas nécessaire que tu sortes de chez toi. Reste assis à ta table de travail et écoute. N&rsquo;écoute même pas, attends seulement. N&rsquo;attends même pas, sois tout à fait silencieux et seul. Le monde va s&rsquo;offrir à toi et jeter son masque, il ne peut pas faire autrement, il se tordra d&rsquo;extase devant toi. »</em></p>
<p><em>Les aphorismes de Zürau, Franz Kafka, Arcades Gallimard, 143 p., 10 euros</em></p>
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