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	<title>La Rochefoucauld Archives - Aphorismundi</title>
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	<description>Association de promotion de l’aphorisme </description>
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		<title>La maxime selon Roland Barthes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Sep 2016 19:13:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[La Rochefoucauld]]></category>
		<category><![CDATA[Maximes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« La maxime est une voie infinie de déception. » Voici l&#8217;une des conclusions que tire Roland Barthes de son analyse des Maximes de La Rochefoucauld dans le volume publié chez Points qui rassemble Le degré zéro de l&#8217;écriture et les Nouveaux essais critiques. Préfaçant une édition de l’œuvre du moraliste parue&#46;&#46;&#46;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« La maxime est une voie infinie de déception. »</em></p>
<p>Voici l&rsquo;une des conclusions que tire Roland Barthes de son analyse des<em> Maximes</em> de La Rochefoucauld dans le volume publié chez Points qui rassemble <em>Le degré zéro de l&rsquo;écriture</em> et les <em>Nouveaux essais critiques</em>. Préfaçant une édition de l’œuvre du moraliste parue en 1961, les quelques pages que le sémiologue consacre à l&rsquo;étude de l&rsquo;écriture lapidaire sont d&rsquo;une richesse et d&rsquo;un foisonnement incroyables !</p>
<p><em>« La maxime est une proposition coupée du discours. »</em></p>
<p>Après avoir distingué la maxime de la réflexion qui appartient, selon lui, plus à l&rsquo;ordre discursif que sententiel, Barthes se penche plus avant sur l&rsquo;analyse même de la structure de la phrase. Close sur elle-même, <em>« armée parce qu&rsquo;elle est fermée »</em>, la maxime fait s&rsquo;opposer, au sein d&rsquo;une phrase devenue spectacle, des essences, <em>« des blocs internes »</em> qui s&rsquo;affrontent à des fins définitionnelles.</p>
<p><em>« Toute la structure de la maxime est visible, dans la mesure même où elle est erratique. »</em></p>
<p>De cette confrontation entre des substances pleines et éternelles comme l&rsquo;amour, la passion ou l&rsquo;orgueil, naît une métrique propre à la maxime qui répond souvent, dans l’œuvre de La Rochefoucauld, à un rythme binaire ou quaternaire. L&rsquo;exemple cité par Barthes est en cela très éclairant et peut être quasiment considéré comme l&rsquo;archétype de la maxime dans ce recueil :</p>
<p><em>« L&rsquo;élévation est au mérite ce que la parure est aux belles personnes. »</em></p>
<p>Il distingue, par la suite, trois types de relations qui s&rsquo;établissent le plus fréquemment entre les termes d&rsquo;une maxime: la comparaison, l&rsquo;identité et l&rsquo;identité réceptive. Cette dernière notion, la plus caractéristique de la maxime selon Barthes, se rencontre dans l&rsquo;usage de la <em>« copule restrictive : n&rsquo;est que »</em>. Au delà de son aspect structurel, l&#8217;emploi récurent cette expression correspond également à l&rsquo;entreprise de démystification engagée par l&rsquo;auteur. Sous le masque des fausses vertus, se cachent les noires passions et La Rochefoucauld n&rsquo;a de cesse de nous les montrer tout au long de son recueil.</p>
<p><em>« Ces masques occupent toute la scène ; on s&rsquo;épuise à les percer sans cependant jamais les quitter tout à fait : les Maximes sont à la longue comme un cauchemar de vérité. »</em></p>
<p>Le sémiologue poursuit, par ailleurs, son analyse avec une étude de la pointe des <em>Maximes</em> qui s&rsquo;appuie essentiellement sur deux procédés distincts : l&rsquo;alternance et la répétition. Cette forme complexe de la maxime a pour but de dévoiler chez le moraliste les effets de l&rsquo;amour-propre sur la psyché humaine. Quelle vertu ne se nourrit pas de vice et inversement ?</p>
<p><em>« Le résultat paradoxal de cette dialectique, le voici : c&rsquo;est finalement le désordre réel de l&rsquo;homme (désordre des passions, des événements, des humeurs), qui donne à cet homme son unité. »</em></p>
<p>Roland Barthes finit sa préface en soulignant le rôle contestataire et contradictoire de l&rsquo;écrivain de maximes qui, dans sa pratique aristocratique, critique le milieu même qui a permis l&rsquo;éclosion de l&rsquo;art qu&rsquo;il exerce. En dernier lieu, il clôt son analyse par les affinités qu&rsquo;entretient la maxime avec les notions de jeu et de mort.</p>
<p><em>« On sait que les Maximes de La Rochefoucauld sont effectivement nées des jeux de salons (portraits, devinettes, sentences) ; et cette rencontre du tragique et du mondain, l&rsquo;un frôlant l&rsquo;autre, ce n&rsquo;est pas la moindre des vérités que nous proposent les Maximes. »</em></p>
<p>Cette analyse dense, riche, éclairante sur de nombreux points, ne recèle, à mon avis, qu&rsquo;une seule ombre exposée au tout début du texte. Barthes détaille les deux façons de lire un recueil d&rsquo;aphorismes : la première de manière discontinue qui provoquerait l&rsquo;appropriation de la maxime de la part du lecteur et la deuxième de manière continue qui ferait que <em>« le livre me concerne à peine »</em> tant <em>« les Maximes de La Rochefoucauld disent à tel point les mêmes choses. »</em></p>
<p><em>« Il faut choisir de lire les maximes par choix ou de suite, et l&rsquo;effet en sera opposé, ici éclatant, là étouffant. »</em></p>
<p>Barthes semble mettre de côté – et cela est surprenant ! &#8211; l&rsquo;architecture même du recueil d&rsquo;aphorismes qui repose sur des jeux d&rsquo;échos, de correspondances et de contradictions. C&rsquo;est particulièrement le cas dans l’œuvre de La Rochefoucauld dont une lecture suivie permet de mettre en relief la dimension inchoative de la réflexion menée par l&rsquo;auteur. Le moraliste tâtonne, propose, définit, se ravise, corrige, apporte ici une subtilité, là un démenti et une lecture continue, loin de nous enfermer <em>« dans un discours sans fin, sans ordre, à la façon d&rsquo;un monologue obsédé »</em>, nous ouvre au contraire sur le caractère fluctuant et incertain de la pensée de l&rsquo;homme, caractère que Barthes ne manque, par ailleurs, pas de souligner plus loin dans son analyse.</p>
<p><em>« L&rsquo;homme n&rsquo;est plus qu&rsquo;un squelette de passions, et ce squelette lui-même n&rsquo;est peut-être que le fantasme d&rsquo;un rien : l&rsquo;homme n&rsquo;est pas sûr. »</em></p>
<p>Outre cette étonnante position de Barthes négligeant la macrostructure du recueil au profit de la microstructure de la maxime, l&rsquo;analyse qu&rsquo;il propose du recueil de La Rochefoucauld, <a href="https://aphorismundi.com/classique/le-miroir-aux-alouettes-de-lame/" target="_blank" rel="noopener">que nous avions déjà eu l&rsquo;occasion de présenter dans un précédent article</a>, est d&rsquo;une acuité rare et même jouissive à certains endroits. L&rsquo;alchimie provoquée par l&rsquo;amour-propre ou encore la notion de pesée divine dans la pratique de la maxime font de ce texte court une mine inépuisable d’éléments permettant d’appréhender cette forme dans toute son ambiguïté. Je ne peux donc que vous conseiller la lecture de ces quelques pages qui fournissent des précieuses clés d&rsquo;analyse dans la compréhension de ce qui fonde encore aujourd&rsquo;hui la singularité du genre aphoristique.</p>
<p><em>« Pour La Rochefoucauld, la définition, si noire soit-elle, a certainement une fonction rassérénante ; montrer que l&rsquo;ordre moral n&rsquo;est que le masque d&rsquo;un désordre contingent est en définitive plus rassurant que d&rsquo;en rester à un ordre apparent mais singulier. »</em></p>
<p><em>Le degré zéro de l&rsquo;écriture suivi de Nouveaux essais critiques, Roland Barthes, Points, 192 p., 7,50 euros</em></p>
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		<title>Le miroir aux alouettes de l&#8217;âme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Sep 2015 08:35:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorismes]]></category>
		<category><![CDATA[La Rochefoucauld]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s&#8217;en sert utilement contre les maux de la vie. » Cette maxime est emblématique de l&#8217;écriture et de l&#8217;entreprise poursuivie par La Rochefoucauld dans son&#46;&#46;&#46;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s&rsquo;en sert utilement contre les maux de la vie. »</em></p>
<p>Cette maxime est emblématique de l&rsquo;écriture et de l&rsquo;entreprise poursuivie par La Rochefoucauld dans son œuvre : traquer les faux-semblants de la morale et mettre à nu l&rsquo;homme dans sa vérité la plus sombre.</p>
<p>L&rsquo;art de la maxime, au XVII<sup>ème</sup> siècle, se propage dans les salons littéraires où le trait d&rsquo;esprit se pratique avec élégance. Fréquentant le salon de Madeleine de Sablé, le duc de la Rochefoucauld compose et publie en 1665 ses <em>Maximes</em> qui le feront reconnaître comme un grand homme de lettres.</p>
<p><em>« Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses en bien comme en mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions. »</em></p>
<p>Outre son intention de démasquer les fausses vérités du stoïcisme, le moraliste passe au crible les passions de l&rsquo;être humain. Toutes se révèlent flatteuses de notre amour-propre et de notre fatuité : La Rochefoucauld fustige, du fouet de ses maximes, la bien-pensance et la bonté supposée de nos actions.</p>
<p><em>« Il y a dans la jalousie plus d&rsquo;amour-propre que d&rsquo;amour. »</em></p>
<p><em>« Le refus des louanges est un désir d&rsquo;être loué deux fois. »</em></p>
<p>Chaque sentiment, qu&rsquo;il soit bon ou mauvais, est, en réalité, mu par un autre sentiment ou en dissimule un autre dont nous n&rsquo;avons pas forcément conscience et que le moraliste met en lumière par l&rsquo;écriture d&rsquo;une maxime. De même, nos actions sont le fruit de pensées complexes et contradictoires : ainsi, une mauvaise action peut être le fruit de bons sentiments et inversement.</p>
<p>La Rochefoucauld nous présente donc le fonds de l&rsquo;être humain comme incertain, instable, pétris de paradoxes et dessine en creux l&rsquo;idéal de l&rsquo;honnête homme si cher au XVII<sup>ème</sup> siècle.</p>
<p><em>« L&rsquo;homme croit souvent se conduire lorsqu&rsquo;il est conduit ; et pendant que par son esprit, il tend à un but, son cœur l&rsquo;entraîne insensiblement à un autre. »</em></p>
<p>Cette vanité de l&rsquo;homme se pensant acteur et n&rsquo;étant que sujet, La Rochefoucauld la dénonce en analysant, au microscope, toutes nos passions comme la jalousie, l&rsquo;envie, la sincérité ou encore l&rsquo;amour&#8230;</p>
<p>Quelle merveille que ce recueil préfacé avec soin par Jean Lafond et qui évolue avec son lecteur ! A chaque relecture, je suis surpris d&rsquo;y découvrir toujours des trésors aux côtés desquels j&rsquo;étais passé et à mesure que mon expérience grandit, sa lecture en est toujours nouvelle et fraîche.</p>
<p>Là est l&rsquo;apanage d&rsquo;un chef d’œuvre et d&rsquo;un classique, sa matière est, comme l&rsquo;être humain selon La Rochefoucauld, changeante, intemporelle et inépuisable.</p>
<p><em>« Dans toutes les professions chacun affecte une mine et un extérieur pour paraître ce qu&rsquo;il veut qu&rsquo;on le croie. Ainsi on peut dire que le monde n&rsquo;est composé que de mines. »</em></p>
<p><em>Maximes et Réflexions diverses, La Rochefoucauld, Folio Classique, 320 p., 6,40 euros</em></p>
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