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	<title>Paul Valery Archives - Aphorismundi</title>
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	<description>Association de promotion de l’aphorisme </description>
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		<title>Variations autour d&#8217;une pensée en mouvement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Feb 2017 10:12:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Moralités]]></category>
		<category><![CDATA[NRF]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Valery]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Morale conservative. Il faut que ce soit le même qui possède ce champ, jouisse de tel bien. Et il faut que ce soit le même qui couche avec la même, et la même avec le même. C&#8217;est en quoi la morale est « ennuyeuse », impose la monotonie.» Dans Moralités, Valéry nous&#46;&#46;&#46;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;"><i>« </i>Morale conservative<i>. Il faut que ce soit </i>le même<i> qui possède ce champ, jouisse de tel bien. Et il faut que ce soit </i>le même<i> qui couche avec la même, et </i>la même<i> avec </i>le même<i>. C&rsquo;est en quoi la morale est « ennuyeuse », impose la monotonie.»</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Dans <i>Moralités</i>, Valéry nous prévient : ne venez pas chercher dans cette œuvre le prêchi-prêcha moral qu&rsquo;un lecteur distrait pourrait attendre du titre de ce recueil ô combien trompeur. Loin de la sentence hiératique et de ses applications, Valéry s&rsquo;inscrit plutôt dans cette tradition du 17<sup>eme</sup> siècle pour laquelle la maxime était un support privilégié pour dresser un portrait de l&rsquo;homme en général. Dans cet opus, l&rsquo;auteur s&rsquo;ingénie donc, à coup de crayons et de ratures, à capter d&rsquo;arides mais intéressantes variations autour de la pensée en mouvement d&rsquo;un homme qui tente de se définir. </span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Un lapin ne nous effraie point ; mais le brusque départ d&rsquo;un lapin inattendu peut nous mettre en fuite. Ainsi en est-il de telle idée, qui nous émerveille, nous transporte, pour nous être soudaine, et devient, peu après – ce qu&rsquo;elle est&#8230; N&rsquo;oubliez pas – l&rsquo;imprévu ! »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Partant de considérations assez générales pour aboutir à des réflexions d&rsquo;une grande acuité, l&rsquo;écriture de Valéry fonctionne tel un microscope qui réglerait sans cesse sa mise au point pour maximiser sa netteté. En effet, possédé par le démon de la définition, l&rsquo;écrivain avance, exclut et précise sans arrêt les attributs d&rsquo;une notion complexe. Puis, sa pensée semble se retourner contre lui-même et c&rsquo;est une nouvelle nuance, une nouvelle correction à apporter. Procédant par addenda et rectificatifs permanents, l&rsquo;auteur donne à voir une pensée qui cherche obstinément la justesse des mots, doute de sa propre faculté d&rsquo;analyse, s&rsquo;interroge sur le bien-fondé même de la question. En bref, une pensée véritable, dubitante, qui tâtonne, hésite, tranche pour mieux hésiter, décide, revient en arrière&#8230;</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Les plus fortes têtes le sont aussi contre elles-mêmes, &#8211; Surtout contre elles-mêmes. &#8211; Par quoi elles se détruisent, mais sans quoi elles ne parviennent pas à leur plus haut. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Cette gymnastique de l&rsquo;esprit et sa mise en scène sont véritablement caractéristiques de l&rsquo;écriture de Paul Valéry. En effet, chez lui, comme chez Montaigne, le mouvement de la pensée semble toujours plus importer que la pensée elle-même. Défendant l&rsquo;idée que l&rsquo;homme est bien plus traversé par des pensées, que créateur de ces dernières, il n&rsquo;est pas étonnant que Valéry s&rsquo;acharne à écrire une méthode de réflexion bien plus que ses réflexions elles-mêmes. Comme l&rsquo;écrit Barthes dans <i>Le degré zéro de l&rsquo;écriture </i>sur lequel nous avons déjà rédigé <a href="https://aphorismundi.com/chronique/maxime-selon-roland-barthes/" target="_blank" rel="noopener">un article</a>, l&rsquo;auteur de maximes s&rsquo;érige souvent en juge suprême et pèse les notions, établit des définitions dans un jeu d&rsquo;éternel balancement et Valéry, dans sa volonté de nuances et de précisions infinies, se prête avec enthousiasme à ce jeu de la pesée quasi divine.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« L&rsquo;ange ne diffère du démon que par une réflexion qui ne s&rsquo;est pas encore présentée à lui. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Dans <i>Moralités</i>, il est question d&rsquo;esquisser un portrait incomplet mais universel de l&rsquo;Homme : son rapport à l&rsquo;amour, au temps, à la mort, à lui-même. Chez Valéry, tout est relation : car comme il l&rsquo;écrit, <i>« qui est vraiment seul n&rsquo;est pas homme- »</i>. L&rsquo;homme se définit toujours par rapport à et son approche de la vie dépend essentiellement de la plasticité de son esprit. Effleurant des thèmes très hétéroclites, rebroussant chemin pour s’arrêter sur une autre notion ou en approfondissant une autre, les <i>Moralités</i> de Valéry semblent, de temps à autre, manquer de corps, de tenue et le lecteur peut se retrouver égaré dans le foisonnement anarchique de ces réflexions. </span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« L&rsquo;ennui est le sentiment que l&rsquo;on a d&rsquo;être soi-même une habitude, et de vivre&#8230; </i>une non-existence sensible<i>, comme si l&rsquo;on eût la propriété de percevoir que l&rsquo;on est pas. Percevoir que l&rsquo;on existe pas !. L&rsquo;ennui est finalement la réponse du même au même. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Moins variées que ses <i>Mauvaises pensées </i>auxquelles nous avions déjà consacré <a href="https://aphorismundi.com/classique/beni-soit-qui-mal-y-pense/" target="_blank" rel="noopener">un article</a>, plus abruptes à la compréhension, les <i>Moralités</i> de Paul Valéry peuvent provoquer parfois une certaine lassitude par leur monotonie et leur manque d&rsquo;à-propos. Mais, loin de vouloir éblouir par l&rsquo;éclat de sa langue, l&rsquo;écrivain poursuit un but tout autre : l&rsquo;aphorisme est là pour servir de support à une réflexion morale discontinue qui sans arrêt s&rsquo;interrompt pour mieux se corriger, avance des idées pour mieux les moduler. A grand renforts de variations, Valéry dessine en filigrane un portrait de la complexité et de l&rsquo;instabilité de la pensée humaine. Si les définitions sont fuyantes, les vérités conditionnelles, que reste-t-il à l&rsquo;homme si ce n&rsquo;est de se contenter de jouir et de s&rsquo;effrayer des infinis bornés de sa propre pensée ?</span></p>
<p><i>« La menace de l&rsquo;aveu. </i><i>« Si vous voyiez mon âme, vous ne pourriez pas déjeuner. »</i></p>
<p><i>Moralités, Paul Valéry, NRF </i></p>
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		<title>Béni soit qui mal y pense !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Feb 2016 10:02:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>
		<category><![CDATA[Mauvaises Pensées]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Valery]]></category>
		<category><![CDATA[Rivages Poche]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Celui qui pressent, trouve et accepte les limites de soi est plus universel que ceux qui ne sentent pas les leurs. Ce fini se sent contenir leur infini. » Toujours, les chefs d’œuvre, après leurs lectures, nous laissent comme muets, abasourdis. Seule une auréole de silence les nimbe dans les confins&#46;&#46;&#46;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;"><i>« Celui qui pressent, trouve et accepte les limites de soi est plus universel que ceux qui ne sentent pas les leurs. Ce fini se sent contenir leur infini. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Toujours, les chefs d’œuvre, après leurs lectures, nous laissent comme muets, abasourdis. Seule une auréole de silence les nimbe dans les confins de notre solitude. Comment dire, en effet, sans raccourcis, leurs richesses et leurs profondeurs en nous? Et dire, n&rsquo;est-ce pas déjà gâcher leurs perfections ? Écrire, c&rsquo;est choisir et tout choix entraîne dans son sillage une imperfection proprement humaine dont les grandes œuvres paraissent dénuées. Toute cette singulière et longue introduction pour présenter les <i>Mauvaises pensées</i> de Paul Valéry, publiées chez Rivages poche.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Tous les esprits fonctionnent entre démence et imbécillité (valeurs illusoires et valeurs faibles), et chacun, dans les vingt-quatre heures, frôle ces extrêmes. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Ce recueil, dans lequel les images baroques côtoient le style le plus classique, est d&rsquo;une émouvante beauté dans sa simplicité et son authenticité. Plus qu&rsquo;un livre-monde, c&rsquo;est un livre-homme : un livre sur l&rsquo;homme, à portée d&rsquo;homme, écrit par un homme. Singulier témoignage d&rsquo;un esprit alerte, fécond dans ses contradictions, Valéry signe avec ses <i>Mauvaises pensées</i> un livre où déborde un amour de l&rsquo;humain, épuisé et scruté dans ses moindres recoins.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Souffrir est vivre sans pouvoir vivre ; c&rsquo;est même&#8230; être vécu par&#8230; »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">S&rsquo;observant avec acuité, Valéry observe l&rsquo;Autre en lui et le restitue à son lecteur avec finesse et précision. Attentif au plus petit mouvement de son âme, l&rsquo;auteur dessine, à la pointe sèche, une cartographie de la conscience de l&rsquo;homme, nourrie des plus sombres et hétéroclites éléments qui l&rsquo;animent.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Tout ce que tu dis parle de toi : singulièrement quand tu parles d&rsquo;un autre. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Choisies parmi les 30 000 pages noircies par Valéry, ces pensées ont toutes pour vertu de nous interroger, de nous inciter à réfléchir sur notre propre définition et appréhension de l&rsquo;Homme. </span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><i>« Ceux qui voient les choses trop exactement ne les voient donc pas exactement. »</i></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Devant tant de génie, la voix ne peut que se taire, l&rsquo;écriture s&rsquo;effacer pour céder sa place à ce qui nous fait Autre, l&rsquo;écoute :</span></p>
<p><i>«N&rsquo;es-tu pas l&rsquo;avenir de tous les souvenirs qui sont en toi ? L&rsquo;avenir d&rsquo;un passé ? »</i></p>
<p><i>Mauvaises pensées, Paul Valéry, Rivages Poche, 9 euros</i></p>
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