Le « style » Eder : l’ironie à l’œuvre

« Le dieron un ridículo premio literario y dejó de ser un perfecto desconocido. »

« Ils lui donnèrent un prix littéraire ridicule et il cessa d’être un parfait inconnu. »

En ces temps de rentrée littéraire et de courses effrénées aux prix, il fait bon de lire les Ironías de Ramón Eder, publiées aux éditions espagnoles Renacimiento et restées encore à ce jour – et pour notre plus grand malheur – non traduites en français. Ce livre important rassemble la majeure partie de l’œuvre aphoristique de cet écrivain espagnol considéré à raison comme l’un des plus grands maîtres contemporains du genre, ainsi qu’a pu le souligner par exemple José Luis Trullo, dans l’entretien qu’il nous a accordé.

« La manzana es la melancólica imagen del Paraíso. »

« La pomme est la mélancolique image du Paradis. »

De cette somme réunissant les recueils La vie ondulante, Air de comédie et Aphorismes de la Bidassoa, se dégage, pour notre plus grand plaisir, un véritable esprit : celui d’un homme plein de finesse et d’humour, de tendresse et d’intelligence. En effet, Eder, c’est la compassion et le rire contre le mal et la douleur d’être homme. Aux antipodes d’un Cioran ou d’un La Rochefoucauld, cette œuvre provoque de francs éclats de rire et on a l’impression, comme le souligne Carlos Marzal dans la préface, d’être en compagnie d’un homme avec lequel on serait ravi de dîner.

« Somos inmortales todos los días de nuestra vida, excepto uno. »

« Nous sommes immortels tous les jours de notre vie, sauf un. »

« Las conversaciones apasionadas en los restaurantes nos impiden disfrutar de la comida. »

« Les discussions passionnées au restaurant nous empêchent de profiter du repas. »

Entre les lignes, on lit du Lichtenberg dans son incroyable amour pour l’homme, on devine également du Montaigne dans son jeu enthousiasmant avec les mots. Mais loin de ne se cantonner qu’au comique, Eder excelle aussi dans l’analyse psychologique des sentiments, dans l’observation attentive et amusée du quotidien et dans l’autoportrait par petites touches… Pour être honnête, j’ai beaucoup chéri les moments passés en compagnie de ce livre qui, sans niaiserie aucune et là est le tour de force !, dessine sur votre visage un sourire authentique sans l’ombre d’un sarcasme.

« Las flores que no le había regalado en vida ahora se las llevaba a su tumba, llorando. »

« Les fleurs qu’il ne lui avait pas offertes sa vie durant, il lui apportait maintenant sur sa tombe, en pleurant. »

« Haber tenido una infancia feliz es un serio obstáculo para el resto de la vida. Sólo se puede ir a peor. »

« Avoir eu une enfance heureuse constitue un sérieux obstacle pour le reste de la vie. On ne peut qu’aller de mal en pis. »

Sans nul doute, Eder, c’est un style ! Un de ces styles qui laissent entrevoir le regard brillant et compréhensif de son auteur… Un de ces styles qui laissent de l’espace au lecteur pour rire et profiter des nombreux traits d’esprit décochés par l’aphoriste… Un de ces styles qui assurent par sa tonalité unique la cohérence entière d’un recueil… Ramón Eder – ce n’est plus à prouver – est bien l’un des grands maîtres de l’aphorisme contemporain et je conseille à tous ceux qui lisent l’espagnol de se procurer cet ouvrage qui vous fera passer un très bon et agréable moment de littérature comme en il existe rarement. Pour être bref et ederien dans l’esprit, lisez, riez, souriez !

« Cuando un libro nos hace sonreír ese libro vale más de lo que cuesta. »

« Quand un livre nous fait sourire, il vaut plus que ce qu’il nous a coûté. »

Ramón Eder, Ironías, Editorial Renacimiento, 17 euros

2 commentaires sur “Le « style » Eder : l’ironie à l’œuvre

  1. Je découvre avec intérêt votre blog consacré à l’aphorisme. Dans votre présentation, j’ai vu que vous êtes jeune ce qui est rassurant car le genre de l’aphorisme n’est pas si évident car un peu austère souvent.

    Concernant Ramon Eder, auteur que je ne connais pas, il me semble qu’il n’est publié qu’en espagnol. Sur Amazon, du moins, je n’ai pas vu d’éditions françaises de ses livres. On ne sait pas grand-chose de sa vie non plus ce qui est un peu dommage.

    Je vais donc continuer à explorer votre blog où vous évoquez des auteurs peu connus. Bien cordialement.

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