A bord du « wagon-taxi » de la langue…

« Qui parvient encore à lire les mille pages d’Anna Karénine sans vanter son exploit autour de lui ? »

C’est sur ce ton drôle et léger que sont composés, en grande majorité, les aphorismes et autres fantaisies littéraires de ce livre au titre énigmatique Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir signé Thierry Maugenest. Le titre à lui seul donne déjà un avant-goût de ce que sera ce recueil loufoque : une suite de facéties, de bizarreries, de jeux de mots auxquels se prête si bien la langue française… Car, à l’instar du célèbre « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume », le titre du livre est un pangramme, c’est à dire une courte phrase comportant toutes les lettres de l’alphabet.

« Prenons garde aux fausses citations d’écrivains que nous lisons sur Internet. » (Montaigne, Les Essais) »

Instructif, divertissant, surprenant parfois, ce recueil se parcourt avec allégresse comme un cabinet de curiosités linguistique compilant les amusantes étrangetés de la langue de Molière. D’anecdotes sur les formules « à cause que » ou sur le mot « verbigération », en passant par les délicieuses subtilités de notre conjugaison, Maugenest dessine un joyeux portrait d’une langue sans cesse en mouvement, évitant avec brio les écueils du pensum ou de la cuistrerie.

« Combien de personnes ayant un jour formulé cette phrase anodine : je me suis promené dans le petit jardin, ont pris conscience qu’ils prononçaient un alexandrin et, de surcroît, qu’ils récitaient le deuxième vers du sonnet de Verlaine Après trois ans ? »

Sans prétention – un nouvel écueil évité -, ce livre se donne pour ce qu’il est : une charmante et amusante balade au pays de la langue française. Se jouant des mots, des auteurs, des expressions, Maugenest parvient à construire un recueil plaisant qui s’intéresse aux détails parfois saugrenus du français. Les premiers chapitres consacrés aux écrivains et aux poètes ont peut-être moins emporté mon enthousiasme et malgré parfois quelques facilités, l’ensemble du recueil, dans sa cohérence, parvient à déclencher une curiosité et un amusement profonds et sincères.

« Étrange destin que celui du substantif masculin leu, issu de la forme ancienne de loup, qui ne doit sa postérité qu’à son redoublement benoît à la suite de queue. »

Ce livre constitue donc – et paraît même parfois pensé ainsi – un cadeau idéal pour tous les amoureux du français qui aiment en apprendre chaque jour davantage sur les spécificités de leur langue. On rit, on s’étonne, on s’instruit avec cet ouvrage qui ne s’avère prétentieux à aucun endroit, mais qui cultive, au contraire, une volonté de partager le savoir de manière ludique. Je ne saurai donc que trop vous recommander ce détour en wagon-taxi vers les acrobaties d’une langue-fakir qui reste à apprivoiser…

« L’histoire de la littérature française aurait-elle été la même si un certain Henri Beyle, avant d’arrêter son choix sur Stendhal, avait conservé son pseudonyme : Serpière ? »

Thierry Maugenest, Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir, Points, 5,40 euros

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