Le miroir aux alouettes de l’âme

« Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s’en sert utilement contre les maux de la vie. »

Cette maxime est emblématique de l’écriture et de l’entreprise poursuivie par La Rochefoucauld dans son œuvre : traquer les faux-semblants de la morale et mettre à nu l’homme dans sa vérité la plus sombre.

L’art de la maxime, au XVIIème siècle, se propage dans les salons littéraires où le trait d’esprit se pratique avec élégance. Fréquentant le salon de Madeleine de Sablé, le duc de la Rochefoucauld compose et publie en 1665 ses Maximes qui le feront reconnaître comme un grand homme de lettres.

« Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses en bien comme en mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions. »

Outre son intention de démasquer les fausses vérités du stoïcisme, le moraliste passe au crible les passions de l’être humain. Toutes se révèlent flatteuses de notre amour-propre et de notre fatuité : La Rochefoucauld fustige, du fouet de ses maximes, la bien-pensance et la bonté supposée de nos actions.

« Il y a dans la jalousie plus d’amour-propre que d’amour. »

« Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois. »

Chaque sentiment, qu’il soit bon ou mauvais, est, en réalité, mu par un autre sentiment ou en dissimule un autre dont nous n’avons pas forcément conscience et que le moraliste met en lumière par l’écriture d’une maxime. De même, nos actions sont le fruit de pensées complexes et contradictoires : ainsi, une mauvaise action peut être le fruit de bons sentiments et inversement.

La Rochefoucauld nous présente donc le fonds de l’être humain comme incertain, instable, pétris de paradoxes et dessine en creux l’idéal de l’honnête homme si cher au XVIIème siècle.

« L’homme croit souvent se conduire lorsqu’il est conduit ; et pendant que par son esprit, il tend à un but, son cœur l’entraîne insensiblement à un autre. »

Cette vanité de l’homme se pensant acteur et n’étant que sujet, La Rochefoucauld la dénonce en analysant, au microscope, toutes nos passions comme la jalousie, l’envie, la sincérité ou encore l’amour…

Quelle merveille que ce recueil préfacé avec soin par Jean Lafond et qui évolue avec son lecteur ! A chaque relecture, je suis surpris d’y découvrir toujours des trésors aux côtés desquels j’étais passé et à mesure que mon expérience grandit, sa lecture en est toujours nouvelle et fraîche.

Là est l’apanage d’un chef d’œuvre et d’un classique, sa matière est, comme l’être humain selon La Rochefoucauld, changeante, intemporelle et inépuisable.

« Dans toutes les professions chacun affecte une mine et un extérieur pour paraître ce qu’il veut qu’on le croie. Ainsi on peut dire que le monde n’est composé que de mines. »

Maximes et Réflexions diverses, La Rochefoucauld, Folio Classique, 320 p., 6,40 euros

Un commentaire sur “Le miroir aux alouettes de l’âme

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