Des pépites d’humour noir

« Les enfants adorent se construire une maison avec des boîtes en carton. C’est une bonne nouvelle, compte tenu de l’avenir que notre société leur réserve. »

Dès le premier aphorisme de ce recueil au titre volontairement oxymorique Généralités singulières, le lecteur rit de bon cœur tout en ne pouvant s’empêcher de grincer des dents. En effet, tout l’art de cet ouvrage de l’écrivain québécois Simon Paquet est de cultiver au mieux l’humour noir pour qu’en jaillissent des aphorismes sombres et hilarants.

« Et si tous les peuples se libéraient et que les dictatures tombaient et que tout le monde était heureux… De quoi parlerions-nous ? Des nuages ? »

« Déjà le mois de mars… Et moi qui n’ai même pas eu le temps de finir ma dépression de février. »

Organisée de manière thématique, abordant la politique, la santé pour finir sur les arts et la littérature, cette œuvre se lit d’un trait entrecoupé souvent de quintes de rire. Son humour corrosif se situe dans la grande tradition des chansonniers comme Allais ou Desproges mais s’élargit également à des sujets plus communs impliquant la vie quotidienne ou les loisirs.

« Malgré qu’on nous répète toujours combien c’est important et que c’est la seule chose qui compte vraiment, il n’existe toujours aucun concours de beauté intérieure. »

« Toute la semaine, les gens ne rêvent et ne parlent que du week-end. Et quand il arrive enfin, ils font du ménage. »

Comme toujours derrière l’humour, encore plus derrière celui qu’on qualifie de noir, se cache une réalité dérangeante, parfois monstrueuse, qu’il convient de montrer plus de profil que de face de peur de ne devoir en pleurer. Sous l’apparente légèreté de l’aphorisme, se tapit une sombre vérité que Simon Paquet nous fait entrevoir avec son sens aigu de la dérision.

« Si la vie existe sur d’autres planètes, eh bien, la mort aussi. Désolé d’être aussi rabat-joie. »

Maître de cet humour absurde et un peu pince-sans-rire, Paquet nous offre un ouvrage drôle et décalé dont le rire sonne parfois comme une craie sur un tableau noir. Nous attendons un second opus avec plaisir, avec ce sourire en coin que l’écrivain sait cultiver chez nous. Pour conclure, glaçons-nous de rire devant cet aphorisme qui donne à réfléchir sur notre société :

« Les soldats de la guerre de 14-18, dans leurs boueuses tranchées, ignoraient qu’ils figureraient un jour dans de magnifiques DVD à collectionner. »

Généralités singulières, Simon Paquet, Héliotrope, 96 p. , 11,40 euros

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