La foudre ne tombe jamais deux fois…

« Des couleurs au bouquet, il n’y a qu’un cœur à donner. »

Cet aphorisme de Patrick Coppens, extrait de ses Pensées pensives, résume à lui seul la tonalité dominante de ce recueil qui oscille en permanence entre onirisme et poésie. D’observations techniques sur la peinture et en particulier sur l’usage de la couleur en réflexions et maximes morales, l’auteur livre ici un ouvrage délicat, d’une profonde pudeur, qui se veut contemplation attentive du monde.

« J’ai dormi dans un rêve étroit ; me suis réveillé plein de nuit. »

Inspiré par les Pensées de Lichtenberg, que nous avions déjà eu l’occasion de présenter dans un article précédent et auquel il rend hommage en les citant à plusieurs reprises, Coppens engage dans son livre un dialogue, par delà les siècles, avec cet écrivain des Lumières allemandes. Les aphorismes de ce dernier entrent en écho avec les réflexions actuelles de Coppens qui signe ici une réappropriation poétique et féconde de l’œuvre de Lichtenberg.

« Donne à ton esprit l’habitude du doute et à ton cœur celle de la tolérance. » Lichtenberg

Patrick Coppens a des fulgurances ! Certains de ses aphorismes, toujours très courts, favorisant dès lors un rapport privilégié avec le silence, nous foudroient de précision, de justesse et d’émotion. Si tous ne se valent pas en terme de profondeur, l’impression qu’ils nous laissent est celle d’une grande générosité rêveuse et pudique, qui semble toucher le monde du bout du doigt de peur de ne devoir l’embrasser tout entier.

« Il s’ennuie à mourir ; chaque chose en son temps. »

Décomposé en quatre parties abordant des thématiques différentes, ce livre est l’expression d’une sensibilité débordante à la poésie de l’univers. Si la partie consacrée à la peinture nous touche moins, elle fait toutefois écho aux œuvres colorées de l’auteur reproduites dans le recueil et favorise une approche transdisciplinaire de l’objet-livre qui s’écrit de manière autant scriptural que pictural.

« Peu m’importe d’être presque seul, sauf quand il s’agit de partager le dernier poème de la nuit. » (à Lise-Florence Villeneuve)

L’une des dernières réserves que nous pourrions formuler à l’endroit des Pensées pensives se situe dans le côté lâche et distendu de sa structure. Abordant une infinité de sujets avec des tons plutôt variés, même si la tonalité principale reste proche d’un onirisme poétique, le lecteur peine à entendre une voix singulière et bien définie. Tout se passe comme si les aphorismes de Coppens était nimbés de brouillard et de ténèbres, les rendant parfois insaisissables à la lecture. Mais peut-être est-ce là un effet recherché ? L’indéfinition, qui produit le mystère et laisse l’œuvre hors de notre portée, serait-elle inhérente à la construction même de ce recueil ?

« Envoûtements. Je ne savais que naître et demander pardon. »

Aux amateurs de peinture et d’aphorismes sur les beaux-arts, procurez-vous cet opus qui rend sensible le goût et l’usage de la couleur dans l’art de peindre. A tous les autres, ce livre procède par déflagrations : certaines maximes vous touchent à cœur quand d’autres semblent passer à côté de leurs cibles. Amis lecteurs, êtes-vous prêts pour des coups de foudre ?

« Et si le bonheur ne consistait pas seulement à être heureux ? »

Pensées pensives, Patrick Coppens, Triptyque, 88 p., 25 dollars

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