La communauté de l’aphorisme

« Le bon goût est la capacité de contrecarrer continuellement toute exagération.»

Cet aphorisme, que l’on pourrait presque lire comme un art poétique, est tiré du Livre des amis du grand poète et librettiste Hugo Von Hofmannsthal.

Comme son titre peut le laisser entendre, cette œuvre est le fruit d’une amitié profonde entre l’écrivain et son éditrice Katharina Kippenberg qui l’a composée elle-même à partir des notes qui lui avaient confiées.

« En ce qui regarde l’« expérience », il y a deux sortes déplaisantes de gens : ceux à qui l’expérience manque et ceux qui font trop de cas de leur expérience. »

Les aphorismes de Von Hofmannsthal côtoient ceux de Blake, de Pascal ou encore ceux du maître Goethe. Ils tissent ainsi un texte hybride, composé autant par la lecture d’autres auteurs que par l’écriture même d’aphorismes par le poète.

Une communauté invisible s’érige donc où chaque pensée répond à l’autre dans un dialogue constant, faisant fi de la sacro-sainte image de la composition solitaire de l’œuvre.

« La plus grande attention qu’un auteur puisse avoir pour son public est de ne jamais lui apporter ce qu’il attend mais ce que lui-même estime juste et utile, à chaque fois selon son propre degré de culture et celui d’autrui.» Goethe

« Ce qu’il faut, c’est refaire le Poussin sur nature, tout est là. » Cézanne

Hugo Von Hofmannsthal sait ce qu’il doit à autrui et c’est un travail d’humilité qui régit la construction de cette œuvre, bâtie à la manière d’une ruche dont les alvéoles aphoristiques empruntent aux uns et aux autres.

« Où trouveras-tu ton moi ? Toujours dans l’envoûtement le plus profond que tu aies subi. »

Écrit principalement en allemand, le Livre des amis recense également des fragments retranscrits en français, d’autres en anglais, ce qui en fait une œuvre aux accents profondément européens.

Remercions enfin les éditions de La Coopérative pour cette belle redécouverte de l’œuvre aphoristique de Hugo Von Hofmannstahl et pour la postface très instructive de Jean-Yves Masson.

« Les époques se succèdent. Ce qui pour l’une était une conquête est pour l’autre une plate évidence. Celui qui ne comprend pas son époque est perdant. »

Et vous, chers amis, la comprenez-vous ?

Le livre des amis, Hugo Von Hofmannsthal, La Coopérative, 144 p., 18 euros

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