Fantasmagorique Anne Archet !

« Elle est hypocondriaque, obsédée sexuelle et strictement obnubilée par le superflu. »

Cet aphorisme en forme d’autoportrait est l’un des seuls du Carnet écarlate à nous renseigner sur le caractère énigmatique de l’insaisissable Anne Archet. Privilégiant plutôt ses relations avec les femmes pour se décrire, l’auteure nous livre ici un journal extime de sa vie sexuelle débordante de conquêtes.

« Chaque nuit je m’endors cul nu, les cuisses poisseuses et la main dans sa culotte – jamais l’inverse. »

« Pauline est charmante, sexy, amoureuse, mais je n’arrive pas à supporter de l’entendre jouir avec l’accent de la Beauce. »

Tout au long du recueil, Archet narre, avec une verdeur incomparable, ses différentes expériences lesbiennes allant du sadomasochisme jusqu’à l’orgie. La frontalité du propos ainsi que la diversité des situations servent une esthétique pornographique soignée faisant écho à un féminisme revendiqué.

« Vision attendrissante : sous un pantalon blanc transparent, sa culotte noire qui, toute tordue, lui rentre dans les fesses. »

« Punis-moi », me suppliait Adèle. Je l’ai donc contrainte à lire à haute voix les lettres d’amour que je destinais à sa jeune sœur. »

Ce Carnet écarlate, dont le titre semble être un clin d’œil au chef d’œuvre anti-puritain La lettre écarlate, réussit le tour de force d’évoquer un sujet unique, celui de la sexualité saphique, tout en variant les techniques narratives utilisées afin d’éveiller, sans cesse, les sens et l’attention du lecteur. Jamais on ne s’ennuie en lisant ce recueil et on assiste au ressac sensuel des désirs et des illusions charriés par le sexe.

« Elle enlève ses lunettes de soleil, comme si elle se déshabillait – geste obscène et délicieux. »

« Une seule envie : rentrer chez moi le plus vite possible et m’enfoncer quelque chose – n’importe quoi – dans le cul. »

Ces aphorismes et fragments arrachent le voile du sexuellement correct pour donner à voir, avec un éclairage brutal, la réalité des ébats et des émotions contradictoires qu’ils peuvent susciter. Toutefois, au mystère engendré par le sexe, s’ajoute le mystère de l’auteure Anne Archet qui n’existe pas dans la vie civile et n’est qu’un pseudonyme utilisé pour l’écriture.

« Une bouche insatiable au milieu d’un visage impassible, posé sur un corps au bord de la déchirure. »

Dans le Carnet écarlate, Anne Archet se présente comme une professeure aux multiples conquêtes et aux désirs capricieux mais qui sait qui se cache vraiment derrière cette identité factice ? Est-ce un collectif de femmes qui rédige ces textes ou une auteure singulière qui ne veut pas se dévoiler publiquement ? Cette interrogation, sans réponse, participe à l’érotisme de cette lecture frappée du sceau de l’inconnu. Mais au fond, avons-nous réellement envie de savoir : imaginer, ne serait-ce pas le début du désir ?

« Le sexe et le bon goût ne font pas bon ménage. Tout est dans l’art d’être sublimement et divinement vulgaire. »

Le carnet écarlate, Anne Archet, Éditions du remue-ménage,144 p., 14 euros

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