Les gammes littéraires de Franz Liszt

« Propager en mots et en actions la petite part de connaissance et de technique qui m’a été donnée, comme Forme et Moyen du Vrai et du Divin. »

Telle est la mission que Franz Liszt s’est fixée et a rempli tout au long de sa vie à travers son œuvre aussi bien musicale que littéraire. Car si le talent de Liszt est souvent associé à la virtuosité pianistique, ce compositeur romantique, amateur de bons mots, a également exercé son génie dans le domaine des lettres. En ce sens, la maison d’édition Le Passeur Éditeur a eu la brillante idée de rassembler en un recueil ces Pensées intempestives afin de faire découvrir à un plus large public les gammes littéraires méconnues de ce célèbre musicien.

« J’aime tant la paix, que je commettrais des bassesses pour la maintenir, si je ne savais que les bassesses la compromettent le plus. »

Collectionneur des éditions de Chamfort, ainsi que nous l’apprend l’éclairante postface de Nicolas Dufetel, Liszt a toujours proclamé un goût certain pour l’art de l’aphorisme qu’il avait l’occasion de pratiquer dans les divers salons qu’ils fréquentaient. Loin de se borner au seul domaine de la musique, les Pensées intempestives du compositeur, soigneusement organisées de manière thématique, sont à l’image de leur auteur : éclectiques !

« On sait que la vie n’est que l’apprentissage de la mort ; cependant, la leçon que nous en donne la mort de nos amis nous accable. »

De considérations générales sur l’art, en passant par des portraits de compositeurs et d’écrivains, pour finir sur des réflexions spirituelles et religieuses, cet ouvrage donne à voir l’étendue des talents et des intérêts de cet homme insaisissable à bien des égards. Imprégnées d’un catholicisme ardent, les réflexions de Listz constituent un témoignage historique inestimable sur les enjeux artistiques et philosophiques du 19ème siècle.

« Wagner ose être sublime, marcher dans sa voie sans nul souci du vulgaire – monter, et monter toujours !»

Si le style littéraire de Liszt n’atteint pas les flamboyances de son génie musical, il n’en reste pas moins intéressant de lire cet opus qui se fait l’écho des problématiques de son temps. En effet, à la lecture de ses Pensées, on peut regretter un défaut d’audace aussi bien stylistique que thématique qui confine parfois certains des aphorismes du compositeur à un classicisme un peu plat. De même, l’enthousiasme religieux de Liszt alourdit quelquefois la lecture de ses réflexions qui manifestent, par ailleurs, un amour profond pour l’humanité, malgré les défauts qui la constituent.

« Prenons patience et, dans les mauvais jours, restons fidèles à l’éternité ! »

Au-delà de ces quelques réserves, le lecteur prend, toutefois, un immense plaisir à découvrir une autre facette du génie de ce compositeur d’exception. Ses positions sur la peine de mort ou encore sur le rôle de la critique en art sont savoureuses d’inactualité et certaines de ses réflexions nous touchent parfois en plein cœur. A l’instar d’autres compositeurs avant lui comme Jean-Sébastien de Laborde auquel nous avons déjà consacré un article, Liszt parvient à perpétuer avec goût cet art de la formule qu’il admirait tant chez les moralistes français du 17ème siècle. Saluons enfin l’initiative de la maison d’édition Le Passeur Éditeur qui porte à notre connaissance ces fragments rares et peu connus de Liszt, dont la lecture ravira aussi bien les passionnés de musique que d’aphorismes.

« Il est bon, ce me semble, de ne pas toujours savoir trop exactement ce qu’on veut dire, pour le dire avec d’autant plus de charme et d’énergie. »

Franz Liszt, Tout le ciel en musique Pensées intempestives, Le Passeur Éditeur, 18,50 euros

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