Merci, Jacques Poulain

« Qu’importent ces moments nuls. N’oublie pas que l’on taille le diamant avec sa propre poussière. »

Merci. Merci, a-t-on simplement envie de dire, ému, en fermant le recueil Salut à ceux qui vivent ! de Jacques Poulain publié aux éditions L’escarbille. Merci pour l’intelligence, la sensibilité, la grossièreté, l’humour, la poésie, la fantaisie, tous ces mots qui se dégagent avec grâce et esprit de la plume de cet écrivain trop peu connu.

«  Je ne suis absolument pas de ce présent. Je me conjugue au futur antérieur. »

Quelle belle découverte que ce livre dense et foisonnant à tous points de vue ! Tout l’art de Jacques Poulain se situe, en effet, dans une synthèse particulièrement subtile et réussie des différents courants qui ont traversé l’aphorisme au cours de ces derniers siècles. Grand lecteur, fin penseur, Poulain semble avoir aspiré du bout de sa plume aussi bien la tradition de la maxime du 17eme siècle que celle de l’aphorisme poétique du 20eme.

« (Incommunicabilité ?)

Comme si chaque porte était remplacée par un miroir. »

« Chaque moment dit : c’est le moment. »

Outre l’équilibre trouvé dans la forme, les pensées que développe Poulain sont frappées d’une sorte d’idéalisme nostalgique et contemplatif. Certaines idées exprimées sont délicieusement et corrosivement inactuelles, d’autres sont plus délicates et comme nimbées d’éternité. Par ailleurs, les citations intégrées au texte à la façon des Essais de Montaigne sonnent toujours juste et enrichissent la pensée de l’auteur d’un hommage appuyé à certains écrivains.

« Lettres d’Herzen à Bakounine (1869)

Il faut ouvrir les yeux des hommes, non les arracher.»

« Ce n’est pas tant mon bateau qui sombre qui me rend triste, que le continent que je n’ai pas découvert. »

Pour finir, remercions et saluons également l’excellent travail de la maison d’édition L’escarbille qui a sélectionné avec soin les aphorismes composant ce recueil, lui procurant ainsi une véritable force et cohérence poétiques. La composition choisie, toujours équilibrée, toujours à l’écoute de la langue du poète, a su souligner l’éclat d’un style sensible et rationnel à la fois.

« Parmi les compagnons d’Ulysse qui furent transformés en porcs, deux refusèrent de redevenir humains. Je peux les comprendre. »

Jacques Poulain « a laissé un grand nombre de carnets personnels », nous indique la quatrième de couverture. Que j’aimerais avoir la chance de les lire ! Que j’aimerais les voir édités ! Qui d’autre qu’un poète peut écrire : « La mer au loin brillait comme une hache. » ? Beau et simple, classique et moderne, l’écriture de Poulain a ce pouvoir magique de réconcilier les oxymores pour nous livrer une vision drôle et onirique du réel.

« La vie ne bute pas sur la mort, la vie bute sur la vie. »

Salut à ceux qui vivent, Jacques Poulain, L’Escarbille, 13 euros

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