Pensées bleues : l’œuvre aux deux visages

« Quand on va prendre l’avion, soigner ses sous-vêtements: on pourrait retrouver le cadavre après la catastrophe. »

Tel est le genre d’aphorisme que l’on peut rencontrer à la lecture des Pensées bleues de Dominique Noguez, publiées aux éditions Équateurs. Ce recueil aux qualités inégales, illustré des dessins de Pierre-le-Tan, peine à se faire une place de choix au panthéon des œuvres d’aphorismes contemporains.

« Si Dieu n’existe pas, j’exige d’être remboursé ! »

Pour le dire simplement, nous sommes assez déçus des aphorismes que Dominique Noguez nous propose dans ses Pensées bleues. Parfois faciles, souvent attendues, les maximes de l’écrivain manquent souvent de ce sel qui fait l’éclat de la forme brève. Sans liens explicites ou implicites entre eux, traitant de sujets aussi graves que légers, les aphorismes de Noguez semblent pourtant manquer de corps et ne traduisent pas avec force le tempérament de leur auteur. Tièdes, à quelques rares exceptions qui rehaussent l’intérêt du recueil, ils ne laissent pas d’empreinte particulière dans l’âme du lecteur qui a juste passé un agréable moment en leur compagnie.

« Il n’y a pas de justice ; il n’y a que des hasards. »

Certains aphorismes sont, par ailleurs, vecteurs d’une nostalgie un peu surannée, voire passéiste et paraissent déplorer un monde qui change, où le progrès technologique a remplacé les valeurs humaines. D’autres se font l’écho d’une charge contre le politiquement correct qui régit notre société, charge tellement affichée que l’auteur paraît tirer à boulets rouges sur certaines ambulances.

« On est « anticorrida », mais on adore son steak frites. »

« Ces inscriptions en anglais sur les T-shirts de milliards de gogos dans le monde, comme le putride cordon ombilical qui les relie au ventre de la grosse Mère Amérique. »

Peut-être sommes-nous d’autant plus déçus que nous avions beaucoup aimé l’ouvrage très érudit et pourtant très accessible de l’auteur intitulé La véritable origine des plus beaux aphorismes (http://aphorismundi.com/alamarge/laphorisme-retour-aux-sources/). Nous avons, toutefois, retrouvé toute la verve et la passion qui caractérisaient cet ouvrage, à la fin des Pensées bleues qui propose, à leur suite, un Bref traité de l’aphorisme.

« Loin de se donner comme un édifice harmonieux et fonctionnel, la pensée se donne comme un entassement de rocs plus ou moins chaotiques. »

Dans ce court essai, toute l’intelligence synthétique, le goût de la transmission, et l’acuité de la pensée de Noguez se donnent rendez-vous pour introduire et définir avec clarté ce qu’est l’aphorisme. Tout lecteur, intéressé par cette forme d’expression, devrait lire ce Bref traité qui présente de manière astucieuse et pédagogue les enjeux de cet art si particulier.

« Au royaume de l’aphorisme, l’étincelle est souvent prise pour le feu et l’éclaboussure pour l’eau. »

Mon sentiment face à cette œuvre est donc double : autant les aphorismes de Noguez m’ont, pour la plupart, déçu, autant son Bref traité m’a enchanté. A la lecture de ces Pensées bleues, je préfère, à ce jour, le Noguez théoricien passionné au Noguez aphoriste à proprement parler. Gageons que son prochain recueil saura inverser cette tendance et quittons-nous sur cet aphorisme drôle et enlevé!

« La cruauté est un plaisir tardif. Avec l’âge, le surmoi s’use enfin. »

Dominique Noguez, Pensées bleues, Éditions des Équateurs, 12 euros

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