Les très bonnes résolutions de Laurent Albarracin

« Echafaudages, plans sur la comète, théories sur la foudre. Peut-être, mais quoi de mieux que de bâtir en l’air, battu par les vents. »

Cet aphorisme exaltant la liberté, empli de souffle, peut être lu comme un véritable art poétique du recueil Résolutions de Laurent Albarracin. Quel délice pour l’esprit et l’imagination que ce court volume publié chez L’Oie de Cravan ! Jeux de mots truculents, fragments poétiques, traits absurdes : tous les ingrédients sont réunis pour une lecture surprenante, amusante et instructive à la fois.

« Qu’y a-t-il au fond des « abîmes de perplexité » ? Réponse : une eau absolument égale. »

« Le mot « tarabiscoté » est tarabiscoté, cocasse, rigolo, bizarrement redondant, plein de lui-même jusqu’à l’aberration. Monté tout en muscles pétaradants et prêts à s’effondrer, travaillé à la tarière et au biseau, c’est un mot comme recuit dans ses complications, qui se donne des coups de coude dans les côtes pour faire rire la galerie qu’il a labyrinthique et farfelue. »

Car, au-delà du jeu de mots qui paraît titiller les papilles gustatives de la pensée et que l’auteur partage avec malice, c’est tout l’ordre d’un monde prétendument régi par des codes et des lois qui se retrouve bousculé par la folie des mots. Ces Résolutions, dans leur insoutenable légèreté, semblent être une ode au chaos créateur, à une sorte de joyeux désordre qui donnerait une forme floue et incertaine aux choses et aux êtres qui les environnent.

« Les cygnes glissent sur un lac de signifiants. »

Semblable à un Parti pris des choses emporté par une bourrasque surréaliste, ce recueil est teinté d’un certain animisme, qui confère aux objets et aux éléments, rebelles eux aussi, une dimension insolite et insolente. Entre la légèreté apparente de certains aphorismes et les développements poétiques plus profonds qu’il propose, cet opus parvient à maintenir l’attention du lecteur, qui attend avec plaisir la prochaine déflagration verbale ou bien la prochaine remarque mélancolique.

« Tout l’air est une baudruche crevée. »

« L’insecte ressemble au matériel de l’entomologiste. »

Fidèle à sa ligne éditoriale privilégiant les ouvrages à la veine surréaliste, comme c’étaient déjà les cas des Fatigues de Pierre Peuchmaurd ou encore de L’Autoportrait aux yeux crevés de Normand Lalonde, L’Oie de Cravan enrichit son fonds des petites pépites que sont les Résolutions de Laurent Albarracin. Comique et émouvant, ce recueil, sans cesse, chante les louanges des mystères du monde et de ses langages laissant, à la fin de ces pages, son lecteur souriant et comme, pour ainsi dire, réenchanté.

« Pour mieux sortir des chemins battus, il faut les battre encore et encore. Jusqu’à l’extase. »

Résolutions, Laurent Albarracin, L’Oie de Cravan, 80 p., 11 euros

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