Des petits pavés dans la marre !

« Le boudin noir a un réveil brutal. »

Absurdes et drolatiques, les Petits pavés d’André Balthazar le sont assurément. Membre éminent du surréalisme belge, il crée en 1957, avec Pol Bury, les éditions Daily-Bul qui publient l’avant-garde littéraire de l’époque. De Roland Topor à Christian Dotremont, en passant par Achille Chavée que nous avons déjà évoqué lors d’un précédent article, ces auteurs ont à cœur de faire voler en éclats les codes dépassés et compassés de la littérature traditionnelle.

« La philosophie de l’histoire ne manque pas d’à-propos. »

Sous la forme d’un petit calepin rectangulaire qui invite à une lecture rapide et ludique, André Balthazar jette ses drôles de Petits pavés à la face d’un lecteur amusé par tant de trouvailles et d’ingéniosité littéraires. Surréaliste jusqu’au bout de la plume, l’auteur privilégie le principe d’analogie consistant à rapprocher deux images ou deux notions de nature différente pour parvenir à créer des images oniriques et déconcertantes.

« L’oxygène marche à quatre pattes. »

« Sa règle à calculer mesurait même ses larmes. »

Balthazar se joue également des expressions toutes faites et les détourne en vue de dynamiter un langage marqué par le sceau du soupçon et de l’absurde. Avec distance et humour, il introduit le lecteur dans une réalité étrange et parallèle qui semble n’avoir que la consistance flottante que les mots, aux sens détraqués, lui confèrent.

« Qu’importe la cravate pourvu qu’on ait l’ivresse. »

« La lune dort sur mes deux oreilles. »

Ce minuscule et sympathique recueil se lit avec plaisir en quelques minutes et constitue, pour les passionnés, un témoignage incroyable sur le surréalisme belge. Après Achille Chavée et Louis Scutenaire, se présente à nous une nouvelle et charmante facette de ce mouvement qui a su exploiter avec beaucoup d’ingéniosité les multiples ressources de l’aphorisme traditionnel afin d’en redéfinir les contours.

« Il prit le deuil de la Mer morte. »

N´hésitez donc pas à jalonner votre parcours intellectuel de ces Petits Pavés qui sauront tout autant vous faire sourire que rêver et profitons-en aussi pour remercier les éditions Daily-Bul qui défendent encore aujourd’hui ces auteurs surréalistes, parfois mal connus, devenus, pourtant, de véritables piliers de l’histoire littéraire belge. Par ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur l’aphorisme surréaliste, vous pouvez retrouver l’entretien que nous a accordé Marie-Paule Berranger sur le sujet via ce lien. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, celui d’André Balthazar en est pavé de folles, pour notre plus grand plaisir : bonne lecture !

« La crainte repose sur une assiette creuse. »

Les petits pavés, André Balthazar, Le Daily-Bul, 12 euros

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