Un catéchisme peu orthodoxe

« A force d’insistances, je pris position. Celle du missionnaire. »

Irrévérence : tel est le mot que l’on est tenté d’écrire spontanément après la lecture de ce petit opus sorti en 2009 aux éditions de la Finitude. Le philosophe et poète belge, dont la réputation de trublion des belles lettres n’est plus à faire, signe avec ce bel ouvrage rouge-argenté un catéchisme explosif aux vertus très personnelles. Volontiers provocateur, volontiers grossier, Alain Dantinne reprend faussement à son compte la forme des recueils d’aphorismes héritée des moralistes du XVIIème siècle pour mieux en dynamiter le fonds.

Son recueil s’ouvre ainsi sur le très classique « De la religion » qui abrite, en son sein, des sentences à morales plus ou moins variables. Jugez plutôt par vous même : « La prêtrise est incurable » ou  « L’agneau de Dieu. Oui ! Mais à la broche ». Illustré par les collages iconoclastes de Claude Ballaré, ce catéchisme se lit rapidement avec un plaisir coupable et l’on est tenté de réciter plusieurs Pater Noster pour se faire pardonner cette lecture jouissive. Il ne faudrait toutefois pas cantonner Dantinne au religieux, l’étendue de ses savoureux péchés étant beaucoup plus vaste. De l’amour à l’inversion, en passant par l’égotisme, l’aphoriste accumule réflexions ironiques, remarques   pessimistes ou encore citations pastiches. D’un sujet à l’autre, le lecteur se voit immergé dans une réflexion aux confins de l’absurde et jubile d’une liberté anathème retrouvée.

Auréolés d’un halo de surréalisme belge à la Chavée, inspirés tantôt de Cioran tantôt de Rabelais, ces aphorismes révèlent une plume nerveuse, toujours sur le fil, alternant sans cesse entre blague potache et inquiétude métaphysique. Soulignons enfin le beau travail des éditions de la Finitude qui nous offre ce missel corrosif dans un écrin de velours et laissons à Dantinne le soin de clore cette chronique par un conseil de savoir-vivre : « Ne vous plaignez pas d’un mauvais perdant. Vainqueur, il serait encore plus insupportable. »

 

Petit catéchisme à l’usage des désenchantés, Alain Dantinne, Finitude, 64 p., 11,50 euros

Un commentaire sur “Un catéchisme peu orthodoxe

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