<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Les entretiens Archives - Aphorismundi</title>
	<atom:link href="https://aphorismundi.com/./les-entretiens/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://aphorismundi.com/./les-entretiens/</link>
	<description>Association de promotion de l’aphorisme </description>
	<lastBuildDate>Tue, 16 Jan 2024 10:16:29 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.4.5</generator>
	<item>
		<title>Entretien avec Philippe Moret</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-philippe-moret/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-philippe-moret/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Mar 2023 16:29:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorisme]]></category>
		<category><![CDATA[Le Bouquin des aphorismes]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Moret]]></category>
		<category><![CDATA[Tradition et modernité de l&#039;aphorisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://aphorismundi.com/?p=785</guid>

					<description><![CDATA[<p>Docteur ès-lettres de l&#8217;université de Lausanne, Philippe Moret a consacré sa thèse de doctorat à la littérature aphoristique (Tradition et modernité de l&#8217;aphorisme, Genève, Droz, 1997). En 2018, il publie une anthologie chez Robert Laffont dans la collection Bouquins : Le Bouquin des aphorismes. Il est professeur de littérature française&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-philippe-moret/">Entretien avec Philippe Moret</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Docteur ès-lettres de l&rsquo;université de Lausanne, Philippe Moret a consacré sa thèse de doctorat à la littérature aphoristique (<em><a href="https://www.droz.org/france/product/9782600002141" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tradition et modernité de l&rsquo;aphorisme</a></em>, Genève, Droz, 1997). En 2018, il publie une anthologie chez Robert Laffont dans la collection Bouquins : <em><a href="https://www.lisez.com/livre-grand-format/le-bouquin-des-aphorismes/9782221117132" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Bouquin des aphorismes</a></em>. Il est professeur de littérature française et de philosophie en Suisse depuis une quinzaine d’années.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> D’où vient votre intérêt pour la forme aphoristique&nbsp;? Pourquoi avez-vous choisi de lui consacrer votre thèse de doctorat à la fin des années 1990&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> J’avais fait un mémoire de licence sur la poétique du voyage chez Henri Michaux, et c’est cet auteur qui m’a incité à aller voir du côté des formes brèves et sentencieuses,&nbsp;en particulier avec ses <em>Tranches de savoir</em> et ses <em>Poteaux d’angle</em>. Mais j’imagine que j’avais quelques affinités personnelles avec le scepticisme, voire le pessimisme qui dominent dans ce registre.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Quelles hypothèses souhaitiez-vous démontrer grâce à ce travail de recherche&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> Je m’intéressais à l’ascendance et à la descendance de la maxime classique (La Rochefoucauld), à des formes d’émancipation de la littérature aphoristique par rapport à cette dernière, mais avec une exigence gnomique qui subsistait, souvent de manière paradoxale, en contraste avec <a href="https://aphorismundi.com/portraits/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">le «dépaysement» surréaliste étudié par Marie-Paule Berranger</a>, même s’il y a de nombreux recoupements entre son corpus et le mien.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span><em> </em>En 2018, vous publiez Le Bouquin des aphorismes chez Robert Laffont. Comment vous est venue l’idée de ce projet «oulipien»&nbsp;? Quels ont été vos critères de sélection pour retenir les aphorismes présentés dans cet ouvrage&nbsp;? Pourquoi avez-vous choisi la forme d’un abécédaire thématique pour cette anthologie&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> C’était une commande du responsable de la collection à l’époque, Daniel Rondeau, et la forme de l’abécédaire thématique venait de ce dernier. Par ailleurs, il souhaitait que le projet soit aussi large que possible dans l’espace et le temps. Contrainte éditoriale supplémentaire sur laquelle Jean-Luc Barré, qui a succédé à Daniel Rondeau, a insisté&nbsp;: pas de droits d’auteur ni de traducteur à payer, ce qui m’a incité à la modération pour les auteurs et les traductions non libres de droit (pas plus de dix lignes, que M. Barré pouvait négocier avec Gallimard en particulier). J’ai bricolé dans ma cueillette avec ces exigences, à la fois contraignantes et libératoires — «oulipiennes» donc… Le critère le plus important pour moi a été de puiser dans des <em>recueils</em> de formes brèves et sentencieuses en vers ou en prose, soit auctoriaux, soit éditoriaux. Le recueil me paraît en effet aussi important que le critère de la brièveté gnomique pour définir le genre aphoristique au sens large.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Quels sont les auteurs quelque peu confidentiels que vous souhaitiez mettre à l’honneur dans cet ouvrage et que vous invitez nos lecteurs à découvrir&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> Il y aurait beaucoup de noms à citer… J’aimerais rendre hommage à deux anciens maîtres dont j’ai découvert les talents de moralistes&nbsp;: Arnaud Tripet et François Debluë, j’avais grand plaisir à les retrouver par le biais de leurs réflexions et maximes. Chez les non-francophones, Nicolas Gomez Davila, Marie von Ebner-Eschenbach, Ludwig Hohl, Roberto Juarroz, Stanislaw Jerzy Lec, Thomas S. Szasz, Arvo Valton. J’ai eu beaucoup de plaisir à traduire des auteurs espagnols avec l’aide de ma nièce Nora Moret (par exemple José Bergamin et Maria Zambrano)&nbsp;; et puis tout seul — «comme un grand» — je me suis essayé à la traduction de moralistes anglophones (Joseph Bartlett, Caleb Charles Colton, William Hazlitt, etc.), et j’ai trouvé très stimulant d’adapter le <em>wit</em> britannique, de trouver une sorte d’équivalent en français.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Vous avez travaillé sur la tradition et la modernité de l’aphorisme chez plusieurs auteurs du 20<sup>ème</sup> siècle. Pensez-vous que le genre parvient à se renouveler dans les écritures contemporaines&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> Certainement, mais toujours en dialogue avec les traditions classiques et une certaine exigence gnomique, même si c’est le plus souvent dans le registre négatif, apophatique. Je viens de lire <em>La Gloire des petites choses </em>de Denis Groznatovitch, merveilleux essai inspiré par Georges Haldas, cité en épigraphe&nbsp;: <em>«Ce sont les choses imperceptibles — les impondérables — qui nous relient le plus souvent à l’essentiel. Qui vit en Etat de Poésie le sait mieux que tout autre. Et cela dans la mesure où il ne cesse d’en faire l’expérience. Titre éventuel pour un petit texte qui en témoignerait&nbsp;: La Gloire des petites choses.»</em></p>



<p>Par ailleurs Groznatovitch cite Roland Barthes&nbsp;: <em>«Ce qui est raconté ce n’est pas une aventure, ce sont des incidents. L’incident est simplement ce qui tombe doucement, comme une feuille, sur le tapis de la vie&nbsp;; c’est ce pli léger, fuyant, apporté au tissu des jours&nbsp;; c’est ce qui peut être </em>à peine<em> noté&nbsp;: une sorte de degré zéro de la notation, juste ce qu’il faut pour pouvoir écrire quelque chose.»</em></p>



<p>On pense au haïku, d’ailleurs invoqué par Groznatovitch, une poétique du presque rien, mais où se donne à lire, comme en filigrane, quelque chose d’éternel (<em>«sous les espèces de l’éternité»</em>, comme le dirait Spinoza).</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Quels types d’aphorismes vous touchent le plus (épigrammes, maximes, aphorismes poétiques…)? Quels sont vos aphoristes préférés et pour quelles raisons&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> Mon goût irait du côté de l’aphorisme poétique, de la notation, de l’incident au sens de Barthes, avec des auteurs comme Joubert ou Jourdan, ou encore Cioran dans ses <em>Carnets</em>.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Quel recueil a eu un impact tout particulier dans votre vie&nbsp;?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> <em>Poteaux d’angle</em> de Michaux.</p>



<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Pour finir, pourriez-vous nous citer un aphorisme qui est devenu pour vous une sorte de maxime de vie ?</strong></p>



<p><span style="text-decoration: underline;">Philippe Moret :</span> Permettez-moi d’en citer trois&nbsp;: </p>



<p><em>«Passé un certain point, il n’y a plus de retour. Il faut atteindre ce point.»</em> Franz Kafka</p>



<p><em>«Avec tes défauts, pas de hâte. Ne vas pas à la légère les corriger. Qu’irais-tu mettre à la place ?» </em>Henri Michaux</p>



<p><em>«Une flamme traverse le sang. Passer de l’autre côté, en contournant la mort.»</em> Emil Cioran</p>



<p>Merci à Philippe Moret pour cet entretien passionnant et nous vous invitons à découvrir <em><a href="https://www.lisez.com/livre-grand-format/le-bouquin-des-aphorismes/9782221117132" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le Bouquin des aphorismes</a>, </em>publié en 2018 chez Robert Laffont<em> </em>et <em><a href="https://www.droz.org/france/product/9782600002141" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tradition et modernité de l&rsquo;aphorisme</a></em>, paru chez Droz en 1997.</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-philippe-moret/">Entretien avec Philippe Moret</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-philippe-moret/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entretien avec Jean-Philippe Querton, directeur de Cactus Inébranlable éditions</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-jean-philippe-querton-directeur-de-cactus-inebranlable-editions/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-jean-philippe-querton-directeur-de-cactus-inebranlable-editions/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 14:07:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Cactus inébranlable éditions]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Philippe Querton]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aphorismundi.com/?p=648</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aphorismundi : Comment vous est venue l&#8217;idée de créer votre maison d&#8217;édition Cactus inébranlable consacrée à l&#8217;aphorisme contemporain ? Jean-Philippe Querton : J’aime l’aphorisme depuis toujours, peut-être même avant de savoir que c’était comme cela qu’on appelait les « bons mots », les « jeux avec les mots, la langue&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-jean-philippe-querton-directeur-de-cactus-inebranlable-editions/">Entretien avec Jean-Philippe Querton, directeur de Cactus Inébranlable éditions</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p></p>



<p></p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Comment vous est venue l&rsquo;idée de créer votre maison d&rsquo;édition <a href="https://cactusinebranlableeditions.com/">Cactus inébranlable</a> consacrée à l&rsquo;aphorisme contemporain ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : J’aime l’aphorisme depuis toujours, peut-être même avant de savoir que c’était comme cela qu’on appelait les « bons mots », les « jeux avec les mots, la langue et le langage ». Car avant d’aimer la phrase, j’ai aimé les mots. Aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, j’ai toujours été attiré par les dictionnaires, les répertoires, les listes de mots. </p>



<p>Il y a quelques années, lorsque la toile devint ce qu’elle est, avec ses ressources et ses moyens de diffusion, j’ai commencé à adresser des phrases à un réseau de personnes qui a rapidement augmenté. Deux phrases par jour ; au départ, des citations, des maximes, des calembours, des impertinences d’autres auteurs avant de commencer à diffuser mes propres aphorismes. </p>



<p>Constatant que mes productions étaient appréciées, je me suis constitué un stock de phrases que, grâce à André Stas, on m’a invité à lire lors d’une bataille d’aphorismes organisée dans le cadre d’une manifestation intitulée <em>La Belgique sauvage</em> (un label derrière lequel se cachent des surréalistes, des dadaïstes, des pataphysiciens, des écrivains, des poètes, des plasticiens…) à Paris. C’était en 2011. Les organisateurs m’ont suggéré d’emporter mes textes en version livre-papier, alors que je n’avais jamais pensé à les publier. Et voilà, c’est ainsi qu’un ouvrage d’aphorismes a été bricolé, vite fait ; c’est ainsi que Cactus Inébranlable est né. <em>Des capiteuses pensées</em> fut le premier ouvrage publié, mais à l’époque nous n’avions pris la décision de nous cantonner dans l’aphorisme. Nous avons publié des romans noirs, des recueils de nouvelles, des chroniques humoristiques… </p>



<p>C’est progressivement, observant l’intérêt des auteurs et du public que nous nous sommes spécialisés, pour décider il y a peu de temps de nous consacrer (pratiquement) exclusivement à la formule brève avec douze titres publiés par an — avec une formule d’abonnement pour les lecteurs qui le souhaitent — et plus de soixante au catalogue, à l’heure actuelle dans ce que nous appelons la collection Les p’tits Cactus. </p>



<p>Notez également, pour être complet par rapport à la question, que nous ne publions pas que des auteurs contemporains, puisque nous avons travaillé à l’élaboration et la publication des aphorismes complets d’Achille Chavée (2019) et que nous ferons de même avec d’autres auteurs du courant surréaliste belge, avec notamment en 2021 un recueil consacré aux aphorismes de Louis Scutenaire. Et d’autres projets de réédition sont encore en vue.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Comment et sur quels critères sélectionnez-vous vos auteurs ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : Ce ne sont pas les auteurs qui sont sélectionnés, mais les recueils que ceux-ci nous adressent. Nous ne nous attachons pas à la notoriété de l’auteur, mais à la qualité des textes proposés. </p>



<p>Nos critères sont multiples. Nous aimons les textes irrévérencieux, contestataires, antisystèmes, mais la qualité des aphorismes peut aussi être liée à leur originalité, à la manière dont ils traitent et utilisent la langue, à la façon dont ils jouent avec celles-ci. Jouer avec la langue ne signifie pas (nécessairement) faire du calembour. Nombreux sont les auteurs qui pensent qu’un bon jeu de mots peut faire un bon aphorisme, c’est une erreur. </p>



<p>Nous apprécions aussi les aphorismes poétiques, de même que ceux issus d’une vague assez contemporaine et résolument moderne qu’on pourrait appeler les aphorismes narratifs. Le chef de file de ce mouvement, l’instigateur en est à coup sûr Éric Chevillard et son <a href="http://autofictif.blogspot.com/">Autofictif</a> qui par ses fragments narratifs raconte de très brèves histoires / fictions que j’associe à l’aphorisme. Récemment, dans cet esprit nous avons publié des auteurs comme Olivier Hervy, Pierre-Alain Mercoeur et à un degré un peu moindre, Paul Lambda qui sont dans ce mouvement intéressant et qui, en tout cas, ouvre de nouvelles perspectives.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Vous êtes également auteur d&rsquo;aphorismes. Comment votre activité d&rsquo;écrivain nourrit-elle vos choix d&rsquo;éditeur ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : Oserais-je dire que c’est mon activité d’éditeur qui nourrit ma production personnelle en tant qu’auteur, oui, en toute modestie, c’est évident.</p>



<p>Mais je distingue clairement les deux fonctions.</p>



<p>En tant qu’éditeur, j’aime à travailler en collaboration avec les auteurs, il faut qu’ils acceptent qu’on agisse ensemble sur le projet éditorial, qu’il acceptent qu’on ne reprenne pas tout ce qu’ils proposent, qu’on modifie certaines phrases, qu’on exploite ensemble leurs fulgurances, leurs idées, leur manière de composer les aphorismes. </p>



<p>Lire quantité de textes me donne évidemment une belle inspiration, tenter de comprendre la démarche créatrice d’un auteur est hautement stimulant pour sa propre production&nbsp;!</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Pensez-vous qu&rsquo;il existe une spécificité de l&rsquo;aphorisme belge par rapport aux autres traditions aphoristiques européennes ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : Magritte disait quelque chose du genre : « classer les artistes selon leurs origines — Wallons, Belges…— n’a pas plus de sens que de différencier les végétariens des autres ». Ce n’est pas faux, une frontière, ce n’est jamais qu’une ligne subjective, mais il n’empêche qu’il y a un élément historique sur lequel j’ai envie d’insister.</p>



<p>Le mouvement surréaliste en Belgique et ses nombreux représentants a engendré une génération d’auteurs d’aphorismes remarquables. Voire même plusieurs générations si l’on remet les choses en perspective. Des années 1920, jusqu’à nos jours, ce sont des dizaines d’auteurs, de poètes, de peintres, de galeristes, d’amateurs éclairés qui ont produit quantité d’aphorismes dans des revues, des tracts, des recueils parfois confidentiels et heureusement, des livres. Scutenaire, Nougé, Havrenne, Dumont, Goemans, Van Bruaene, Chavée, les frères Piqueray, Koenig, Marcel Mariën, Tom Gutt… en sont les quelques représentants. Cette pépinière a marqué l’histoire de la littérature belge et internationale.</p>



<p>Aujourd’hui, et c’est très bien, il existe une jeune génération de lecteurs curieux qui (re-)découvre les textes — et en particulier les aphorismes — de ces auteurs.</p>



<p>L’aphorisme belge, s’il existe, est donc essentiellement nourri de surréalisme, c’est-à-dire de détournements de textes, d’écriture automatique, de spontanéité, d’humour et de contestation.</p>



<p>Car le surréalisme EST contestation. </p>



<p>A la différence du surréalisme français qui a eu tendance à s’embourgeoiser, le surréalisme belge a conservé un côté potache, un peu foutraque, très inspiré par la dérision, la moquerie, la critique sociale…</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Quels sont vos aphoristes préférés et pourquoi ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : Incontestablement <a href="https://aphorismundi.com/international/a-decouverte-de-louis-scutenaire/">Louis Scutenaire</a> et <a href="https://aphorismundi.com/portraits/achille-chavee-cet-inconnu/">Achille Chavée</a>, si l’on regarde en arrière.</p>



<p>Dans la Belgique contemporaine&nbsp;: André Stas (dont nous avons publié trois recueils), <a href="https://aphorismundi.com/international/un-catechisme-peu-orthodoxe/">Alain Dantinne</a> et Patrick Henin (publié chez nous aussi) qui est un auteur à la capacité de production hallucinante et dont le propos atteint toujours sa cible.</p>



<p>J’ai beaucoup d’admiration pour un auteur québécois trop vite parti qui s’appelle <a href="https://aphorismundi.com/chronique/autoportrait-surrealiste-fantasque/">Normand Lalonde</a>, une grande tendresse pour <a href="https://aphorismundi.com/actualite/fatigues-leveil-des-mots/">Pierre Peuchmaurd</a> (qui était également éditeur). Il y a bien sûr, pour peu qu’on le considère comme un auteur d’aphorismes, Éric Chevillard dont nous avons parlé. En France, aujourd’hui, il me semble qu’un auteur qui a tout d’un grand, c’est Paul Lambda. Longtemps confiné dans l’autoédition, nous l’avons accueilli chez Cactus Inébranlable avec bonheur. Quelqu’un qui écrit&nbsp;: <em>«&nbsp;Ailleurs l’herbe est plus verte mais ça sent la peinture&nbsp;»</em> ne peut être que remercié et publié.</p>



<p>Pourquoi ces auteurs&nbsp;?</p>



<p>Parce qu’ils me bouleversent, me font frémir, me font sourire, rire, parfois, parce qu’ils manient la forme concise avec brio, parce que souvent, en les lisant, je me dis&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Qu’est-ce que j’aurais aimé écrire ça&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Quels sont les futurs projets éditoriaux de votre maison d&rsquo;édition ?</strong></p>



<p>Jean-Philippe Querton : Maintenir le cap !</p>



<p>Continuer à suivre inébranlablement le but que nous nous sommes fixés, à savoir, prendre du plaisir à publier et en procurer aux lecteurs.</p>



<p>Les propositions affluent, des auteurs nous découvrent et nous soumettent leurs textes, nous sommes ravis de constater que des auteurs d’aphorismes en langue étrangère nous sollicitent pour que nous les publiions en français. Ce sera le cas cette année, avec un très beau recueil de l’Espagnol <a href="https://aphorismundi.com/actualite/style-eder-lironie-a-loeuvre/">Ramon Eder</a>.</p>



<p>Nous aimerions aussi rééditer des auteurs dont les ouvrages demeurent introuvables aujourd’hui, particulièrement parmi les surréalistes belges cités plus haut.</p>



<p class="has-medium-font-size"><strong>Aphorismundi : Pour finir cet entretien, avez-vous en tête un aphorisme en particulier que vous souhaiteriez partager avec nous et qui résumerait la philosophie de votre maison d&rsquo;édition ?</strong></p>



<p>C’est un aphorisme profondément révolutionnaire et même anarchiste de Louis Scutenaire, une phrase que j’aime parce qu’elle donne du sens à l’acte d’écriture&nbsp;: <em>«&nbsp;J’écris pour des raisons qui poussent les autres à dévaliser un bureau de poste, abattre un gendarme ou son maître, détruire un ordre social.&nbsp;»</em></p>



<p>En moins violent, je suis d’accord avec André Stas quand il écrit&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;Exister, c’est insister.&nbsp;»</em></p>



<p></p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-jean-philippe-querton-directeur-de-cactus-inebranlable-editions/">Entretien avec Jean-Philippe Querton, directeur de Cactus Inébranlable éditions</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-avec-jean-philippe-querton-directeur-de-cactus-inebranlable-editions/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’aphorisme au Mexique : grand entretien avec Javier Perucho</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/laphorisme-mexique-grand-entretien-javier-perucho/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/laphorisme-mexique-grand-entretien-javier-perucho/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Jan 2017 11:51:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorisme]]></category>
		<category><![CDATA[Javier Perucho]]></category>
		<category><![CDATA[Mexique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aphorismundi.com/?p=490</guid>

					<description><![CDATA[<p>Photo : Pascual Borzelli Iglesias Docteur en lettres de la Universidad autonoma de Mexico (UNAM), Javier Perucho est éditeur, romancier, essayiste et historien littéraire des genres mineurs. Il a publié à propos du microrécit La música de las sirenas (FOEM, 2013); Dinosaurios de papel. El cuento brevísimo en México (UNAM,&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/laphorisme-mexique-grand-entretien-javier-perucho/">L’aphorisme au Mexique : grand entretien avec Javier Perucho</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>Photo : Pascual Borzelli Iglesias</em></p>
<p>Docteur en lettres de la Universidad autonoma de Mexico (UNAM), Javier Perucho est éditeur, romancier, essayiste et historien littéraire des genres mineurs. <span lang="es-ES">Il a publié à propos du microrécit </span><span lang="es-ES"><i>La música de las sirenas</i></span><span lang="es-ES"> (</span><span lang="es-ES">FOEM</span><span lang="es-ES">, 2013)</span><span lang="es-ES">; </span><span lang="es-ES"><i>Dinosaurios de papel. El cuento brevísimo en México</i></span><span lang="es-ES"> (UNAM, 2009); </span><span lang="es-ES"><i>Yo no canto, Ulises, cuento. La sirena en el microrrelato mexicano</i></span><span lang="es-ES"> (Fósforo, 2008); et </span><span lang="es-ES"><i>El cuento jíbaro. </i></span><i>Antología del microrrelato mexicano</i> (Ficticia, 2006). Il s’intéresse également à l’aphorisme, autre muse mineure, dans des textes comme <i>“Escrituras privadas, lecturas públicas. </i><span lang="es-ES"><i>El aforismo en México. Historia y antología” </i></span><span lang="es-ES">(en cours), ou des rééditions comme </span><span lang="es-ES"><i>Breves notas tomadas en la escuela de la vida </i></span><span lang="es-ES">(</span><span lang="es-ES">CNCA, 2015) de</span><span lang="es-ES"> Francisco Sosa et </span><span lang="es-ES"><i>Penitencia y rehabilitación. </i></span><i>Aforismos</i> (Renacimiento, 2016) de Maximilien de Habsbourg.</p>
<p><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Dans quel recueil peut-on trouver, à votre avis, la meilleure définition de l’aphorisme? Pouvez-vous nous la citer?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Javier Perucho :</u> Je n’ai jusqu’à présent pas trouvé de définition assez satisfaisante de l’aphorisme pour l&rsquo;épouser complètement. Cependant, je vous ai composé un bouquet d&rsquo;expressions qui permettent de contempler son extraordinaire puissance symbolique. Citons, par exemple :</p>
<p align="LEFT"><i>« Les aphorismes sont des coups de feu tirés en l’air. »</i> José Antonio Ramos Sucre, <i>Granizada</i></p>
<p align="LEFT"><i>«Tous ceux qui écrivent des pensées, ou des maximes, sont des charlatans qui jettent de la poudre aux yeux. Il n&rsquo;y a rien de si aisé que de faire ainsi un livre. Je veux essayer. On est tenu à rien; on quitte et on reprend l&rsquo;ouvrage quand on veut. Cela me convient très fort. Ils disent presque tous des choses communes ou fausses, ou énigmatiques ; il ne faut point donner à disserter, mais à penser. » </i>Le Prince de Ligne, <i>Fragments de l’histoire de ma vie</i></p>
<p align="LEFT"><i>« Ne dites jamais que j&rsquo;écris des aphorismes. Je me sentirais humilié. » Antonio Porchia, Voix</i></p>
<p align="LEFT">De plus, en tant qu’éditeur, j’ai demandé à un aphoriste de se livrer à un exercice insolite : élaborer un décalogue de l’aphorisme. Leonardo Rosenberg s’est prêté au jeu et je vous invite à prendre connaissance du résultat <a href="http://cuatario.blogspot.fr/2015/04/el-rey-del-escupitajo.html" target="_blank" rel="noopener">via ce lien qui renvoie sur mon blog Miretario</a>. Pour terminer de répondre à votre question, je vous recommande la lecture des <i>Sentencias y disidencias</i> (Ciudad de México, 1986) du même auteur.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi</b></u><u> :</u> <b>D’où vient votre gout pour la brièveté? Un livre, en particulier, qui aurait suscité cet intérêt ?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Javier Perucho :</u> Pour répondre à votre question, il me faut légèrement revenir en arrière afin de vous expliquer mon penchant pour les architectures de la brièveté. Tout d’abord, j&rsquo;ai commencé par explorer l’histoire du microrécit au Mexique, exploration qui m’a conduit à écrire, entre autres, <i>Dinausorios de papel</i>. J’ai considéré ensuite que l’étude de ce « quatrième » genre littéraire commençait à être plus qu’exhaustive et qu’il n&rsquo;y avait plus grand-chose à apporter en la matière.</p>
<p align="LEFT">J’ai donc concentré toute mon attention, temps et efforts à la réhabilitation, l&rsquo;histoire et l’anthologie de l’aphorisme mexicain, sans pour autant mettre de côté le « dossier » microrécit et les anthologies qui y sont consacrées. Maintenant, je mène une enquête sur l’aphorisme en terre mexicaine : repérage, recensement, corpus et scolies sont autant d’indices. Mes efforts résident, en ce moment, dans ma volonté de l’historiographier, d’engager son appréhension critique et de constituer un florilège fondé sur des critères scientifiques.</p>
<p align="LEFT">Dans les archives littéraires d’Amérique Latine, il n’existe rien de tel. Il en va de même pour l’Espagne ou la France, les mystères du monde universitaire et de la république des lettres… Des hypothèses pour expliquer l’absence d’études critiques sur ce genre ? Marginal ? Peu pertinent? Combler ce vide constitue un véritable défi et défendre ce genre orphelin est une priorité si l’on veut apporter notre minuscule grain de sable à l&rsquo;étude de la littérature.</p>
<p><u><b>Aphorismundi :</b></u> <b>Avez-vous lu beaucoup de recueils d&rsquo;aphorismes français? Quels sont ceux que vous préférez?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Javier Perucho :</u> Je lis des auteurs aussi bien latino-américains que français, espagnols, italiens ou allemands, généralement dans leurs traductions en espagnol, avec la perte de sens qui va avec, bien évidemment. Malheureusement, trouver des recueils dans leur langue d’origine est souvent compliqué et constitue un investissement considérable.</p>
<p align="LEFT">J’ai, toutefois, une affection particulière pour les auteurs latino-américains du XXe siècle: José Antonio Ramos Sucre, Nicolás Gómez Dávila et Antonio Porchia. Et j’aime aussi me retrouver en compagnie de ces maîtres d&rsquo;un autre temps : G. C. Lichtenberg, Franz Kafka et Karl Kraus.</p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi</b></u></span><span lang="fr-FR"><u> </u></span><span lang="fr-FR">: </span><span lang="fr-FR"><b>Existent-ils, à votre avis, des liens entre la tradition aphoristique européenne et l’écriture aphoristique mexicaine? S’ils existent, de quelles natures sont-ils?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span> <span lang="fr-FR">Bien sûr, des liens se sont tissés à partir du moment où on a traduit en espagnol mexicain les aphorismes d’Hippocrate qui constituent la source première de toute étude de l’aphorisme. Au Mexique, c’est ainsi qu’a démarré la tradition de greffer à notre littérature l’écriture aphoristique européenne, dont on peut voir également les premiers implants dans la traduction et la publication des aphorismes de l&#8217;empereur Maximilien en 1869, peut-être la plus ancienne acclimatation du genre en terres mexicaines. À l&rsquo;heure actuelle, sont constamment publiées dans des magazines culturels des sélections d’aphorismes d’auteurs qui se sont illustrés dans ce genre, qu’ils soient mexicains ou non. Je pense à la revue Nexos, par exemple ou à la maison d’édition Cuadrivio qui possède une revue dédiée à ce genre. Soit dit en passant, la revue Plural, alors dirigée par Octavio Paz, fut la première à traduire, grâce à Esther Cohen, et à publier Emil Cioran en Amérique latine.</span></p>
<p><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Croyez-vous qu&rsquo;il existe des spécificités propres à l&rsquo;aphorisme mexicain? Si oui, quelles sont-elles?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span><span lang="fr-FR"> Grande question. Je dirais que linguistiquement oui, elles existent et qu’elles sont également d’ordre thématique et formelle. Deux exemples audacieux : un lecteur fanatique des poèmes de Francisco Hernandez les a transformés en un recueil d’aphorismes paru aux éditions Monte Carmelo en 2002. L&rsquo;écrivain Guillermo Fadanelli dans son roman </span><span lang="fr-FR"><i>Lodo</i></span><span lang="fr-FR"> publié chez Anagrama la même année a inséré des aphorismes dans les tirades de l’un de ses personnages, philosophe.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">De 1917 à nos jours, on peut retrouver des caractéristiques thématiques communes à tous les aphorismes : la misogynie, l’appel à la constitution d’une élite intellectuelle, la critique du pouvoir, la misanthropie, la vie quotidienne, la critique des coutumes, l’identité. Certes, ce sont des traits distinctifs du genre, mais également des singularités propres à l’expression aphoristique mexicaine.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi </b></u></span><span lang="fr-FR"><u>:</u></span> <span lang="fr-FR"><b>Par ailleurs, pourriez-vous nous décrire, selon vous, les moments clés de l&rsquo;histoire de l&rsquo;aphorisme mexicain à travers quelques recueils représentatifs du genre?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span><span lang="fr-FR"> Le premier recueil pleinement aphoristique du XXe siècle au Mexique, a été publié en 1910, et s’intitule </span><span lang="fr-FR"><i>Breves notas tomadas en la escuela de la vida</i></span><span lang="fr-FR">. Son auteur Francisco Sosa a été député, maire et académicien. Rien de l’épisode révolutionnaire qui approchait ne transparaît dans ce livre. Ce ne fut qu&rsquo;en 1917 que cette sanglante révolution apparut dans les </span><span lang="fr-FR"><i>Essais et poèmes</i></span><span lang="fr-FR"> de Julio Torri, artisan de l’esthétique de la brièveté au Mexique, œuvre tenant toutefois plus du microrécit que de l’aphorisme.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Alfonso Reyes et Octavio Paz imprimèrent également leur marque aphoristique dans leurs œuvres complètes respectives. J’invite les lecteurs d’Aphorismundi à y jeter un œil afin de les apprécier au mieux. Par ailleurs, Salvador Elizondo dans son </span><span lang="fr-FR"><i>Cuaderno de</i></span> <span lang="fr-FR"><i>escritura</i></span><span lang="fr-FR"> publié en 2000 et José Emilio Pacheco dans </span><span lang="fr-FR"><i>Letras minusculas</i></span><span lang="fr-FR"> en 1978 ont réuni leurs pensées fulgurantes sous forme de livres ou de publications périodiques. </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Les républicains espagnols exilés au Mexique ont également composé des œuvres aphoristiques très diverses que l’on peut retrouver dans : </span><span lang="fr-FR"><i>Aforismos de la cabeza parlante</i></span><span lang="fr-FR"> de Jose Bergamin, </span><span lang="fr-FR"><i>Obras completas </i></span><span lang="fr-FR">de José Gaos, </span><span lang="fr-FR"><i>Revoleras</i></span><span lang="fr-FR"> d’Alvaro de Albornoz y Salas ou les </span><span lang="fr-FR"><i>Máximas mínimas </i></span><span lang="fr-FR">d’</span><span lang="fr-FR">Enrique</span><i> </i><span lang="fr-FR">Jardiel Poncela. La diaspora latino-américaine n’est pas en reste avec des recueils tels que :</span><span lang="fr-FR"><i> El paso del ganso. </i></span><span lang="es-ES"><i>Fábulas y relatos </i></span><span lang="es-ES">d</span><span lang="es-ES">’Alejandro Jodorowsky et </span><span lang="es-ES"><i>Lo demás es silencio [La vida y la obra de Eduardo Torres] </i></span><span lang="es-ES">d’</span><span lang="es-ES">Augusto Monterroso.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">L’aphoristique féminine a su également tracer sa voie particulière. Le premier recueil d’aphorismes écrit par une femme, et que j’ai pu répertorier à ce moment précis de ma recherche, a été publié par </span><span lang="fr-FR">Ana de Gómez Mayorga avec </span><span lang="fr-FR">son </span><span lang="fr-FR"><i>Río de las horas </i></span><span lang="fr-FR">paru en 1946. Par la suite, </span><span lang="fr-FR">d’autres femmes suivirent le chemin ouvert par</span><span lang="fr-FR"> cette auteure </span><span lang="fr-FR">: </span><span lang="fr-FR">Esther Seligson avec </span><span lang="fr-FR"><i>Cicatrices </i></span><span lang="fr-FR">en</span><i> </i><span lang="fr-FR">2009 ; Leticia Herrera avec </span><span lang="fr-FR"><i>Celebración del vértigo. </i></span><span lang="es-ES"><i>Aforismos </i></span><span lang="es-ES">en</span><i> </i><span lang="es-ES">2011; Mariana Frenk-Westheim avec ses </span><span lang="es-ES"><i>Aforismos, cuentos y otras aventuras </i></span><span lang="es-ES">en</span><i> </i><span lang="es-ES">2013); </span><span lang="es-ES">Merlina Acevedo avec </span><span lang="es-ES"><i>Relojes de arena, palíndromos. </i></span><span lang="fr-FR"><i>Peones de Troya, aforismos en </i></span><span lang="fr-FR">2013) et </span><span lang="fr-FR">Anna Kullick Lackner avec </span><span lang="fr-FR"><i>Annaforismos </i></span><span lang="fr-FR">en</span><i> </i><span lang="fr-FR">2015, entre autres femmes, qui naviguent dans les canaux de la pensé lapidaire. </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Quelles sont, selon vous, aujourd’hui les œuvres d&rsquo;aphoristes mexicains contemporains engagés à renouveler le genre? Quelles sont vos préférées?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span><span lang="fr-FR"> J</span><span lang="fr-FR">e réponds à votre question par une petite liste des auteurs et des œuvres publiées dans l&rsquo;ordre chronologique de leurs parutions :</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="es-ES">Carlos Díaz Dufoo (hijo), </span><span lang="es-ES"><i>Epigramas</i></span><span lang="es-ES"> (</span><span lang="es-ES">Ediciones de Bellas Artes, 1967</span><span lang="es-ES">); </span><span lang="es-ES">Francisco León González, </span><span lang="es-ES"><i>El gesto de la angustia </i></span><span lang="es-ES">(EOSA, 1987); </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="es-ES">Luis Ignacio Helguera, </span><span lang="es-ES"><i>Traspatios</i></span><span lang="es-ES"> (FCE, 1989); </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="es-ES">Guillermo Fadanelli, </span><span lang="es-ES"><i>Dios siempre se equivoca </i></span><span lang="es-ES">(Joaquín Mortiz, 2004); </span><span lang="es-ES">Adolfo Castañón, </span><span lang="es-ES"><i>La belleza es lo esencial </i></span><span lang="es-ES">(Ediciones sin Nombre, 2005);</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="es-ES">Armando González Torres, </span><span lang="es-ES"><i>Eso que ilumina el mundo</i></span><span lang="es-ES"> (Almadía, 2006); </span><span lang="es-ES">Fernando Curiel, </span><span lang="es-ES"><i>Tren subterráneo</i></span><span lang="es-ES"> (Sonidos Urbanos, 2009); </span><span lang="es-ES">Mariana Frenk-Westheim, </span><span lang="es-ES"><i>Aforismos, cuentos y otras aventuras</i></span><span lang="es-ES"> (FCE, 2013); </span><span lang="es-ES">Leonardo da Jandra, </span><span lang="es-ES"><i>Mínimas</i></span><span lang="es-ES"> (Almadía, 2013);</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="es-ES">José Manuel García García, </span><span lang="es-ES"><i>Microagniciones</i></span><span lang="es-ES"> (Revista Arenas Blancas, 2015). </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Quel avenir voyez-vous pour l&rsquo;aphorisme au Mexique?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span><span lang="fr-FR"> Je répondrai de manière aphoristique : Son passé est son avenir.</span></p>
<p><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Quel recueil d&rsquo;aphorismes conseillerez-vous à nos lecteurs hispanophones?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span> <span lang="fr-FR">Outre ceux que j’ai déjà mentionnés, je suggérerais: </span><span lang="fr-FR"><i>Lapidario. </i></span><span lang="es-ES"><i>Antología del aforismo mexicano</i></span><span lang="es-ES"> de Hiram Barrios; </span><span lang="es-ES"><i>Breves notas tomadas en la escuela de la vida </i></span><span lang="es-ES">de Francisco Sosa et </span><span lang="es-ES"><i>Penitencia y rehabilitación </i></span><span lang="es-ES">de Maximilen de Habsbourg.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Quel recueil d&rsquo;aphorismes lisez-vous en ce moment ou quel est le dernier recueil que vous ayez lu?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span> <span lang="fr-FR">J’aimerais souligner les soins apportés à l&rsquo;édition du dernier livre d’Armando Gonzalez Torres, </span><span lang="fr-FR"><i>Es el decir el que decide</i></span> <span lang="fr-FR">publié chez Cuadrivio et j’ai, par ailleurs, signé le texte liminaire de </span><span lang="fr-FR"><i>La sonrisa de Proteo </i></span><span lang="fr-FR">de Benjamin Barajas publié par le Gouvernement de l’État de Michoacan. </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Sinon, en ce moment même, je lis </span><span lang="fr-FR"><i>La balada de Cioran y otras exhalaciones</i></span><span lang="fr-FR"> de Josu Landa, poète, essayiste et conteur vénézuélien qui vit au Mexique.</span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Je suis constamment à la recherche de livres au caractère aphoristique que ce soit chez les bouquinistes de Mexico ou dans les marchés aux puces où se vendent également de vieilles revues. Quand j’ai la chance de trouver un recueil, cela relève souvent de la découverte archéologique qui se mue en une véritable révélation littéraire.</span></p>
<p><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Pour conclure cette entretien, pouvez-vous me citer un aphorisme que vous aimez particulièrement dans ces œuvres?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span> <span lang="fr-FR"><i>« Il voulait éduquer les animaux comme ses fils et leur laisser un héritage, mais ce fut lui qui fut civilisé par les bêtes, qui lui firent découvrir les nuages, la nuit et le vent. »</i></span><span lang="fr-FR"> Armando González Torres, </span><span lang="fr-FR"><i>Es el decir el que decide</i></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><i>« Pour les théoriciens du communisme classique, donner à manger à un mendiant est un acte contre-révolutionnaire; pour les impérialistes, y compris Mère Teresa, c’est un acte de piété, seul le nécessiteux, sous sa cape, se rie de tous. »</i></span><span lang="fr-FR"> Benjamin Barajas, </span><span lang="fr-FR"><i>La sonrisa de Proteo</i></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><i>« L&rsquo;enfer, c’est les autres. Génial, Monsieur Sartre! Mais, quid d’un monde sans aucun autre? Serait-ce le paradis? »</i></span><span lang="fr-FR"> Josu Landa, </span><span lang="fr-FR"><i>La balada de Cioran y otras exhalaciones</i></span></p>
<p><span lang="fr-FR"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span> <span lang="fr-FR"><b>Question complémentaire: Quelle question ne vous ai-je pas posé, au cours de cet entretien, et à laquelle vous auriez aimé répondre ? Pourriez-vous nous la formuler et y répondre?</b></span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR"><u>Javier Perucho :</u></span> <span lang="fr-FR">Très bien. Ma question est donc : Qu’est-ce qu’un aphorisme ? </span></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Comme la sentence ou le refrain, paradigmes de l’oralité avec lesquels il partage son caractère laconique et concis, l&rsquo;aphorisme résume des expériences de vie, mais contrairement à ces derniers paradigmes qui sont anonymes et collectifs, l’aphorisme naît du travail d’un auteur qui réaffirme son identité et ne parle pas nécessairement au nom d&rsquo;une communauté. Il ne prétend pas enseigner une quelconque leçon de vie ou de morale, bien que le consensus soit l&rsquo;un de ses objectifs intrinsèques. Ceux qui pratiquent ce genre expriment leurs esprits et ses dispositions, le partagent, mais n’incitent pas nécessairement à agir. En se débarrassant de sa prétention à vouloir professer ou se faire le porte-parole de quoi que ce soit ou qui que ce soit, l&rsquo;aphorisme trouve une certaine pérennité dans la modernité, qui l’entraîne jusqu’à son ultime frontière qu’Elizondo définit paradoxalement en ces termes : </span><span lang="fr-FR"><i>« Un aphorisme, c’est toujours la définition arbitraire de quelque chose d’improbable, mais vrai. »</i></span></p>
<p align="LEFT"><b><span lang="fr-FR"><u>Aphorismundi :</u></span><span lang="fr-FR"> Merci Javier Perucho pour cet entretien très éclairant au sujet de l&rsquo;aphorisme mexicain. </span></b></p>
<p align="LEFT"><span lang="fr-FR">Vous pouvez, par ailleurs, suivre l&rsquo;avancée des travaux littéraires de Javier Perucho sur les formes brèves sur les sites <a href="http://cuatario.blogspot.com/" target="_blank" rel="noopener">Miretario</a>, <a href="http://huellasmexicanas.org/revista/" target="_blank" rel="noopener">El Brazo y la Espalda</a> et <a href="http://cuentoenred.xoc.uam.mx" target="_blank" rel="noopener">El Cuento en red</a>. </span></p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/laphorisme-mexique-grand-entretien-javier-perucho/">L’aphorisme au Mexique : grand entretien avec Javier Perucho</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/laphorisme-mexique-grand-entretien-javier-perucho/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Surréalisme et aphorisme : rencontre avec Marie-Paule Berranger</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Oct 2016 12:39:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Aphorisme]]></category>
		<category><![CDATA[Marie-Paule Berranger]]></category>
		<category><![CDATA[Surréalisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aphorismundi.com/?p=455</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Marie-Paule Berranger, professeur de littérature française du 20ème siècle à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, spécialiste du surréalisme, de la modernité et des avant-gardes. Particulièrement intéressée par l&#8217;aphorisme, elle a publié, en 1988, une ouvrage consacré à l&#8217;aphorisme surréaliste intitulé Dépaysement de l&#8217;aphorisme aux éditions José Corti.&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/">Surréalisme et aphorisme : rencontre avec Marie-Paule Berranger</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Entretien avec Marie-Paule Berranger, p<span style="color: #1b1b1b;">rofesseur de littérature française du 20</span><span style="color: #1b1b1b;"><sup>ème</sup></span><span style="color: #1b1b1b;"> siècle à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, spécialiste du surréalisme, de la modernité et des avant-gardes. Particulièrement intéressée par l&rsquo;aphorisme, elle </span>a publié, en 1988, une ouvrage consacré à l&rsquo;aphorisme surréaliste intitulé <a href="http://www.jose-corti.fr/titreslesessais/depaysement-de-apho.html" target="_blank" rel="noopener"><i>Dépaysement de l&rsquo;aphorisme </i>aux éditions José Corti</a>.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi : </b></u><b>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un aphorisme? Comment définiriez-vous cette forme et quelles en sont, pour vous, les propriétés principales ?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> J&rsquo;aurais du mal à le définir parce que justement ce n&rsquo;est pas une forme à proprement parler. A certaines époques, il a pu se cristalliser dans des formes comme par exemple la maxime au 17<sup>ème</sup> siècle. D&rsquo;une certaine manière, je dirai qu&rsquo;il n&rsquo;existe que dans ses avatars et certains de ses avatars sont des formes très cristallisées comme l&rsquo;est la maxime. Mais si je pense à l&rsquo;aphorisme poétique tel qu&rsquo;il évolue au 20<sup>ème</sup> siècle, on peut trouver des constantes et notamment une certaine tendance à la brièveté oraculaire, par exemple chez René Char, qui se retrouve aussi chez d&rsquo;autres poètes comme Michaux.</p>
<p align="LEFT">Il y a certaines autres constantes repérables qui peuvent être de l&rsquo;ordre du précepte avec l&#8217;emploi de l&rsquo;infinitif &#8211; quelque chose qui n’excédera pas une ligne ou deux et qui a tendance à se cristalliser dans une phrase. La tendance à la brièveté fait donc qu&rsquo;il y a toujours l&rsquo;aspect formulaire de l&rsquo;aphorisme, quelque chose qui vise une satisfaction de l&rsquo;esprit par la rapidité mais selon les époques, ce n&rsquo;est pas toujours une forme. Ça peut en être plusieurs. C&rsquo;est donc une définition déceptive que je peux vous proposer.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Quand, dans votre carrière, avez-vous commencé à vous intéresser de plus près à l&rsquo;aphorisme et dans quelles circonstances? </b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> Rétrospectivement, je dirais qu&rsquo;il y avait sans doute un phénomène de mode dont je n&rsquo;étais pas consciente à l&rsquo;époque. La formule a commencé à me plaire lorsque j&rsquo;étais au lycée, quand j&rsquo;ai lu Nieztsche en seconde : <i>Ainsi parlait Zathoustra</i>. On n’est pas dans l&rsquo;aphoristique à proprement parler, mais on est dans cet art de la formule extraordinairement frappante qui a en même temps une qualité poétique. Cela a pu orienter mon esprit vers des phrases qui sont à la fois philosophiques et poétiques.</p>
<p align="LEFT">Ensuite, au lycée et au cours de mes études, sans en avoir vraiment conscience, j&rsquo;ai été captée par des phrases et des formules. C&rsquo;est l&rsquo;époque où j&rsquo;ai découvert les surréalistes, j&rsquo;ai lu les <i>Champs magnétiques</i> et <i>Clair de Terre. </i>En maîtrise, j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de travailler sur le surréalisme en Espagne qui cultive un grand art de la pointe et de la brièveté avec les greguerías de Ramón Gómez de la Serna et les diableries de José Bergamín. Au contact du surréalisme et de ses entourages, je retrouvais donc des formes brèves.</p>
<p align="LEFT">Puis, quand j&rsquo;ai voulu faire une thèse sur le surréalisme, en pleine époque post-structuraliste, les structures m&rsquo;ont paru une bonne façon d&rsquo;aborder plusieurs auteurs. C&rsquo;est comme ça que je suis allée vers des formes, vers des genres et l&rsquo;aphorisme en était un qui n&rsquo;était pas étudié, ni considéré comme tel. Il y avait aussi une petite partie de provocation parce que le surréalisme était souvent caractérisé par la logorrhée. Moi, au contraire, j&rsquo;étais frappée par le talent pamphlétaire des surréalistes et par leur art de la formule qui fait mouche.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Vous parlez des surréalistes. Existe-t-il, selon vous, une spécificité de l&rsquo;aphorisme chez les surréalistes et si oui comment la définiriez-vous ?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;enjeux de genre ou de rhétorique chez les surréalistes. Tout cela reste un outil secondaire et leurs proclamations vont dans ce sens. Leurs pratiques sont souvent transgénériques même si la rhétorique joue tout de même un rôle dans leur écriture. Mais je crois que ce n&rsquo;est pas là que porte leur volonté de rupture. Seulement la brièveté et sa force d&rsquo;impact est quelque chose de bien adapté à la pugnacité d&rsquo;une avant-garde, aux volontés d&rsquo;agresser, de choquer, de provoquer. Le caractère expéditif de l&rsquo;aphorisme plaît donc à Dada et aux futuristes. Marinetti, par exemple, possède un véritable art de la formule.</p>
<p align="LEFT">Par sa nature même, l&rsquo;aphorisme affirme une sorte de préséance des structures et maintient très fortement l&rsquo;impact de la phrase. Chez les surréalistes, la formule jaillit facilement de l&rsquo;automatisme comme <i>« Pneus, pattes de velours »</i>. Le dernier recueil de poésie d&rsquo;André Breton, en 1960, se résume ainsi à quatre phrases, chacune tenant sur une page.</p>
<p align="LEFT">Je pense donc qu&rsquo;en ce sens, il y une spécificité surréaliste de la formule culminant dans un aphorisme qui tiendrait dans une image jaillie.</p>
<p align="LEFT">Une autre spécificité est l&#8217;emploi du jeu de mot. L&rsquo;aphorisme met en évidence dans le surréalisme un contact entre la poésie et le jeu verbal. Dans <i>Rrose Sélavy</i> de Robert Desnos et dans <i>Glossaire, j&rsquo;y serre mes gloses</i> de Leiris, on est vraiment du côté du jeu de mot cristallisé en formule qui devient une phrase très poétique chez Desnos. Cette récupération du jeu de mots chez certains auteurs est éminemment surréaliste.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Quels sont les aphoristes qui vous ont le plus marqué et pourquoi ?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> Le premier qui me vient à l&rsquo;esprit, c&rsquo;est Lichtenberg, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas écrit des aphorismes mais plutôt des pensées. Cioran m&rsquo;a aussi beaucoup plu et retenu si on pense au <i>Précis de décomposition</i>.</p>
<p align="LEFT">Mais, c&rsquo;est quand même plutôt du coté de la poésie que sont les aphorismes que je préfère et en particulier ceux de Michaux, dans <i>Tranches de savoir</i>. J&rsquo;aime beaucoup également <i>Glossaire, j&rsquo;y serre mes gloses</i> de Leiris, plein de profondeur métalinguistique et métaphysique, tout cela dans la condensation d&rsquo;un jeu de mot qui est en même temps une définition.</p>
<p align="LEFT">J&rsquo;aime bien <i>Fureur et mystère</i> de René Char que je trouve très fort et puis <i>Rrose Selavy</i> de Desnos qui est pour moi une réussite formidable.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi </b></u><b>: Pensez-vous que l&rsquo;aphorisme ait encore un bel avenir devant lui? Pour vous, correspond-il, au-delà de sa structure, à une réalité sociale ou politique : par exemple, chez les surréalistes ?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> Chez les surréalistes, il est très clair que le goût de l&rsquo;aphorisme est concomitant avec l&rsquo;intérêt qu&rsquo;ils éprouvent pour la réclame ou la publicité. Robert Desnos avait une émission à la radio. Il a inventé un nombre de slogans et saynètes très important dans les années 30 et a travaillé pour l’agence <i>Foniric</i> qui produisait des émissions de radio financées par des firmes pour lesquelles il fallait créer des slogans. Il a composé des slogans désopilants pour « Le bon vermifug’Lune », L’Anis berger, L’Amer Picon ou le Vin de Frileuse. L&rsquo;activé du jeu de mot poétique et celle de la réclame n&rsquo;étaient donc pas antagonistes. Ensuite, tout cela a évolué au cours du 20<sup>ème</sup> siècle mais à la fin des années vingt et dans les années trente, c&rsquo;était vraiment un lieu de création avec de grands moyens poétiques. Aujourd&rsquo;hui, on continue d&rsquo;en voir dans la réclame mais les formes de la brièveté sont surtout commandées par le format des messages sur certains réseaux sociaux comme Twitter. Personnellement, je trouve que dans la plupart des cas, leur utilisation entraîne une communication précipitée et des pensées tronquées mais on peut imaginer, dans le meilleur des cas, et cela arrive, que des gens qui sont justement des « poètes de l’aphorisme » utilisent très bien Twitter. Par exemple, quand les Oulipiens s&rsquo;en emparent, c&rsquo;est assez jubilatoire.</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Pour conclure cet entretien, pouvez-vous me citer le premier aphorisme qui vous vient à l&rsquo;esprit?</b></p>
<p align="LEFT"><u>Marie-Paule Berranger :</u> Ce sera malheureusement très banal, je le regrette mais je le garde quand même parce qu&rsquo;il est adapté à l&rsquo;écriture aphoristique, c&rsquo;est : <i>« L&rsquo;éclair me dure »</i> de René Char. Ce n&rsquo;est pas inédit du tout, on l&rsquo;entend partout mais c&rsquo;est la condensation même de la nature de l&rsquo;aphorisme qui est de s&rsquo;épanouir dans la durée pour la penser à partir d&rsquo;une fulgurance. On ne peut pas faire mieux en moins de mots.</p>
<p align="LEFT">Sinon, vous prenez n&rsquo;importe lequel des <i>Rrose Selavy</i> de Robert Desnos. Par exemple celui-ci <em>« Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir »</em>…</p>
<p align="LEFT"><u><b>Aphorismundi :</b></u><b> Merci Marie-Paule Berranger d&rsquo;avoir répondu à toutes nos questions.</b></p>
<p align="LEFT">Pour finir, nous souhaitons encore remercier Marie-Paule Berranger pour le temps qu&rsquo;elle a bien voulu nous accorder dans le cadre de cet entretien passionnant. Nous espérons qu&rsquo;il aura su vous intéresser et attendons vos réactions dans les commentaires.</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/">Surréalisme et aphorisme : rencontre avec Marie-Paule Berranger</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/surrealisme-aphorisme-rencontre-marie-paule-berranger/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dix questions à José Luis Trullo</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/dix-questions-a-jose-luis-trullo-fondateur-de-el-aforista/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/dix-questions-a-jose-luis-trullo-fondateur-de-el-aforista/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jun 2016 09:52:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[El Aforista]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[José Luis Trullo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aphorismundi.com/?p=387</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pouvez-vous vous présenter très brièvement? Mon nom est José Luis Trullo. Je suis éditeur et je dirige Libros al Albur. Je coordonne également différents sites El Aforista, Microfilias, Uroboro, Dbibliofilia et Biblias, entre autres. D&#8217;où vient votre intérêt pour la brièveté en littérature? Je crois que ça remonte au temps où j&#8217;étais&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/dix-questions-a-jose-luis-trullo-fondateur-de-el-aforista/">Dix questions à José Luis Trullo</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><b>Pouvez-vous vous présenter très brièvement?</b></p>
<p align="LEFT">Mon nom est José Luis Trullo. Je suis éditeur et je dirige <a href="http://www.librosalalbur.com.es/" target="_blank" rel="noopener">Libros al Albur</a>. Je coordonne également différents sites <a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a>, <a href="http://www.microfilias.org/" target="_blank" rel="noopener">Microfilias</a>, <a href="http://www.uroboro.es/" target="_blank" rel="noopener">Uroboro</a>, <a href="http://www.dbibliofilia.com/" target="_blank" rel="noopener">Dbibliofilia</a> et <a href="http://www.biblias.com.es/" target="_blank" rel="noopener">Biblias</a>, entre autres.</p>
<p align="LEFT"><b>D&rsquo;où vient votre intérêt pour la brièveté en littérature?</b></p>
<p align="LEFT">Je crois que ça remonte au temps où j&rsquo;étais étudiant à l&rsquo;université, quand je soulignais et retranscrivais les phrases des livres que je lisais. Par la suite, je n&rsquo;ai jamais pu arrêter. Le premier livre de ce genre que j&rsquo;ai lu, c&rsquo;était à 22 ans, et c&rsquo;était le Poids du monde de Peter Handke qui m&rsquo;a beaucoup marqué.</p>
<p align="LEFT"><b>Quand avez-vous créé le site <a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a> ? Pour quelles raisons?</b></p>
<p align="LEFT">Cela fait maintenant un an et cinq mois que j&rsquo;ai créé <a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a>. Je venais de terminer d&rsquo;éditer l&rsquo;anthologie des <a href="http://www.librosalalbur.com.es/p/aforistas-espanoles-vivos-este-libro-es.html" target="_blank" rel="noopener">Aphoristes espagnols vivants</a> et il m&rsquo;a semblé opportun de prolonger le travail de diffusion de ce genre avec un site qui lui serait consacré.</p>
<p align="LEFT"><b>Comment voyez-vous le futur de <a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a>? Avez-vous des idées de développement pour ce site?</b></p>
<p align="LEFT"><a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a> est un site qui réunit des auteurs classiques et contemporains, ainsi que des interviews et des recensions. Il est attentif à l&rsquo;actualité sans y être pour autant soumis. Dans les prochains mois, nous avons prévu de publier au format ebook une sélection des meilleurs auteurs que nous avons fait connaître sur le site.</p>
<p align="LEFT"><b>En Espagne, actuellement, l&rsquo;aphorisme est-il connu comme genre? Y-a-t-il beaucoup d&rsquo;écrivains contemporains qui le pratiquent?</b></p>
<p align="LEFT">À mon avis, il y a quelques années, l&rsquo;Espagne a vécu une certaine « bulle aphoristique ». C&rsquo;est un genre que des écrivains qui se consacraient jusqu&rsquo;alors à la poésie ou à l&rsquo;essai commencent à aborder. Les collections d&rsquo;aphorismes prolifèrent, et nous avons même un Prix International dédié à ce genre. Je trouve ça plutôt bien.</p>
<p align="LEFT"><b>Selon vous, quelles sont les raisons qui expliquent le goût actuel pour l&rsquo;aphorisme en Espagne?</b></p>
<p align="LEFT">En ce moment, c&rsquo;est surtout un phénomène de mode. Mais il faut reconnaître que l&rsquo;aphorisme a connu d&rsquo;illustres représentants en Espagne, bien que moins qu&rsquo;en France. L&rsquo;essor des réseaux sociaux favorisent sûrement ce goût pour l&rsquo;expression courte et apodictique. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui restera de tout ça dans quelques années.</p>
<p align="LEFT"><b>Quels sont vos aphoristes espagnols contemporains préférés ?</b></p>
<p align="LEFT">En ce moment, c&rsquo;est Ramon Eder, que je considère comme le grand patriarche du genre, et Leon Molina, un auteur mature qui vient de publier son premier livre.</p>
<p align="LEFT"><b>Et pour le vingtième siècle ?</b></p>
<p align="LEFT">Pour le vingtième siècle, je pense à Juan Ramon Jimenez et Carlos Edmundo de Ory (tous deux poètes) qui continuent de m&rsquo;étonner à chaque fois que je les relis.</p>
<p align="LEFT"><b>Quels sont vos aphoristes étrangers préférés ?</b></p>
<p align="LEFT">Pour les classiques, Joseph Joubert. Pour le vingtième siècle, Elias Canetti et E.M. Cioran.</p>
<p align="LEFT"><b>Pour terminer l&rsquo;entretien, quel est votre aphorisme favori, le premier qui vous vient à l&rsquo;esprit?</b></p>
<p align="LEFT">« Nous sommes ce que nous faisons de ce que les autres ont voulu faire de nous » (J. P. Sartre). Je le considère presque comme une devise de vie. Un mot d&rsquo;ordre à retenir.</p>
<p align="LEFT">Pour les plus hispanophones d&rsquo;entre vous, vous pouvez consulter le très éclairant site <a href="http://www.elaforista.es/" target="_blank" rel="noopener">El Aforista</a> ainsi que le site <a href="http://www.librosalalbur.com.es/" target="_blank" rel="noopener">Libros al Albur</a> et également réagir à cet entretien en laissant un commentaire. A bientôt pour un nouvel article !</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/dix-questions-a-jose-luis-trullo-fondateur-de-el-aforista/">Dix questions à José Luis Trullo</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/dix-questions-a-jose-luis-trullo-fondateur-de-el-aforista/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entretien avec Fabrizio Caramagna</title>
		<link>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-fabrizio-caramagna/</link>
					<comments>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-fabrizio-caramagna/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Morgan Cariou]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 May 2016 07:14:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Aforisticamente]]></category>
		<category><![CDATA[Aphoriste]]></category>
		<category><![CDATA[Fabrizio Caramagna]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aphorismundi.com/?p=353</guid>

					<description><![CDATA[<p>Fabrizio Caramagna est aphoriste et fondateur du site Aforisticamente. Il est également secrétaire général de l&#8217;Association italienne pour l&#8217;aphorisme (Associazione italiana per l&#8217;aforisma). Aphorismundi : Pour commencer cet entretien, quel est le premier aphorisme qui vous vient à l&#8217;esprit? Fabrizio Caramagna : Le premier aphorisme qui me vient immédiatement à l&#8217;esprit est&#46;&#46;&#46;</p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-fabrizio-caramagna/">Entretien avec Fabrizio Caramagna</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;">Fabrizio Caramagna est aphoriste et fondateur du site <a href="http://aforisticamente.com/" target="_blank" rel="noopener">Aforisticamente</a>. Il est également secrétaire général de l&rsquo;Association italienne pour l&rsquo;aphorisme (<a href="http://www.aiplaforisma.org/" target="_blank" rel="noopener">Associazione italiana per l&rsquo;aforisma</a>).</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span><span style="font-size: medium;"><b> Pour commencer cet entretien, quel est le premier aphorisme qui vous vient à l&rsquo;esprit?</b></span></p>
<p align="LEFT"><u>Fabrizio Caramagna </u>: <span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">Le</span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"> premier aphorisme qui me vient immédiatement à l&rsquo;esprit est celui de Dr. Seuss, un écrivain américain : « Ne pleure pas parce que c&rsquo;est fini, souris parce que c&rsquo;est arrivé » (« </span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">Don’t cry because it’s over, smile because it happened »</span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">). Cet aphorisme résonne maintenant dans mon esprit parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai le sentiment d&rsquo;avoir perdu quelque chose. Cela est lié à une situation particulière, ces derniers jours. Mais ce n&rsquo;est pas le seul aphorisme qui me vient à l&rsquo;esprit. Dans ma vie, j&rsquo;ai lu plus de 200 000 aphorismes et chaque jour, j&rsquo;en découvre de nouveaux. Par exemple, aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai lu cet aphorisme qui résonne également dans mon esprit. « Il est tombé amoureux de ses fleurs mais pas de ses racines, et quand est arrivé l&rsquo;automne il ne savait plus quoi faire. » Cette citation circule de manière anonyme sur le web. Je ne sais pas qui l&rsquo;a écrite. Malheureusement, c&rsquo;est le destin de nombreux aphorismes de circuler de façon anonyme. En ce cas, l&rsquo;aphorisme est très proche du proverbe et de la blague. Il sont tous deux sans auteur, mais quelqu&rsquo;un doit bien les avoir écrits. </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><b> Comment définiriez-vous un aphorisme et quand avez-vous commencé à vous intéresser à cette écriture particulière?</b></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="text-decoration: underline;">Fabrizio Caramagna :</span> Comme je l&rsquo;ai écrit dans deux de mes aphorismes, l&rsquo;aphorisme est « le maximum de sens avec le minimum de mots » et aussi « l&rsquo;implosion de la langue, l&rsquo;explosion du sens. »</p>
<p align="LEFT">J&rsquo;ai toujours lu des écrivains d&rsquo;aphorismes depuis que j&rsquo;ai 16 ans, mais à cette période, mon goût penchait plus pour la poésie et la fiction (j&rsquo;ai fait ma thèse sur le poète turinois Guido Gozzano que j&rsquo;ai obtenue à 24 ans). J&rsquo;ai commencé à écrire des aphorismes et à m&rsquo;y intéresser vraiment plus tard, vers l&rsquo;âge de 30 ans, l&rsquo;âge de la sagesse et du désenchantement, l&rsquo;âge auquel vous commencez à plonger en vous-même et où vous dressez les premiers bilans existentiels. A 16 ans, on peut être poète (je pense, par exemple, à Rimbaud) ou écrire de la fiction, mais on ne peut pas être aphoriste parce que l&rsquo;aphorisme requiert une sagesse que l&rsquo;on ne peut pas avoir 16 ans. A cet âge, on peut juste être fou ou visionnaire.</p>
<p align="LEFT">Si l&rsquo;on observe bien l&rsquo;histoire de l&rsquo;aphorisme, on découvre que les aphoristes les plus importants ont commencé à écrire après 30-40 ans. L&rsquo;un des aphoristes français contemporains les plus importants, Roger Judrin, n&rsquo;a commencé à écrire ses aphorismes qu&rsquo;autour de 70 ans. Toutefois déjà au lycée, même si je m&rsquo;intéressais plus particulièrement à la poésie et à la fiction, se trouvaient en moi les germes de l&rsquo;aphorisme. J&rsquo;ai toujours écrit «de manière brève» et au cours des exercices d&rsquo;italien en classe (appelés «thèmes») je n&rsquo;étais pas en mesure d&rsquo;aller au-delà de trois pages, malgré ce que me disait mon professeur: « Allonge, allonge » Mais mes notes étaient bonnes, car j&rsquo;arrivais déjà dans ces trois pages à tout dire. J&rsquo;avais un bon sens de la synthèse et de la concision.</p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi : </b></u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><b>Vous avez créé un site Aforisticamente, consacré à l&rsquo;aphorisme contemporain. Quand et pourquoi avez-vous décidé de le créer?</b></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u>Fabrizio Caramagna :</u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"> Le site <a href="http://aforisticamente.com/" target="_blank" rel="noopener">Aforisticamente</a> est né en 2009. Je m&rsquo;intéressais déjà aux aphorismes depuis de nombreuses années et j&rsquo;ai remarqué qu&rsquo;il manquait une bibliographie de l&rsquo;aphorisme contemporain au niveau mondial! Ici, en Italie, personne ne savait rien concernant l&rsquo;aphorisme contemporain dans le monde. Sur 56 millions de personnes vivant dans mon pays, pas une ne pouvait me dire quels étaient les aphoristes américains, russes ou espagnols vivants les plus importants du moment. Mais je crois que le problème était le même dans d&rsquo;autres pays. En 2009, en France ou en Espagne, personne n&rsquo;aurait pu me dire quels étaient les auteurs d&rsquo;aphorismes italiens vivants les plus remarquables de ces dernières années. Je rencontrais le même problème dans le monde entier. </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">J&rsquo;ai eu une illumination lorsque j&rsquo;ai lu une interview dans le New York Times de l&rsquo;aphoriste serbe Aleksandar Cotric. A la lecture de cet entretien, un monde s&rsquo;est, dès lors, ouvert à moi. J&rsquo;ai découvert qu&rsquo;en Serbie des centaines d&rsquo;écrivains, réunis autour du <a href="http://www.aforizmi.org/" target="_blank" rel="noopener">Cercle aphoristique de Belgrade</a>, écrivaient des aphorismes teintés d&rsquo;un humour noir et impitoyable contre la dictature et la guerre civile. Un jour, sur une place, quelques auteurs serbes ont lu leurs aphorismes devant 100 000 personnes! C&rsquo;était une chose incroyable et ici, en Italie, personne n&rsquo;en savait rien! </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">J&rsquo;ai connu à Turin une jeune fille dont la langue maternelle était le serbe et j&rsquo;ai commencé à lui faire traduire des aphorismes en italien. Sur le site Aforisticamente, je publiais des traductions et des entretiens avec les principaux auteurs d&rsquo;aphorismes serbes. Puis, grâce au bouche à oreille, je suis entré en contact avec différents auteurs d&rsquo;autres pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, comme la Roumanie, la Pologne (la patrie du grand Stanisław Jerzy Lec), la Bulgarie, ou encore la République tchèque. Je me souviens que dans un article sur l&rsquo;aphorisme mondial, un chercheur italien a déclaré qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;écrivains d&rsquo;aphorismes contemporains en Russie à cause de la censure. Bien au contraire. Même en Russie, j&rsquo;ai rencontré des écrivains d&rsquo;aphorismes remarquables : il existait même un <a href="http://club-aforistiki.livejournal.com/" target="_blank" rel="noopener">Cercle aphoristique à Moscou</a>! </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">J&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;être comme l&rsquo;araignée qui tisse sa toile et qui l&rsquo;élargit petit à petit. Je m&rsquo;imaginais en Fitzcarraldo comme dans le film homonyme de Werner Herzog. Lui essayait d&rsquo;apporter l&rsquo;opéra dans la forêt amazonienne, moi d&rsquo;apporter l&rsquo;aphorisme dans le désert italien. Petit à petit, la toile que j&rsquo;avais tissée s&rsquo;est élargie de plus en plus et j&rsquo;ai rencontré des aphoristes dans le monde entier : Australie, Bolivie, Chine, Île Maurice, Costa Rica, Mexique, etc. Je suis entré en contact avec d&rsquo;importantes associations aphoristiques au niveau européen : <a href="http://www.dapha.de/" target="_blank" rel="noopener">en Allemagne</a>, <a href="http://aforismi.vuodatus.net/" target="_blank" rel="noopener">en Finlande</a>, ou en Espagne. Je commençais à créer cette bibliographie mondiale de l&rsquo;aphorisme qui n&rsquo;existait pas encore.</span></span></p>
<p align="LEFT"><strong><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Quelles sont, selon vous, les caractéristiques principales de l&rsquo;écriture contemporaine d&rsquo;aphorismes?</strong></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><span style="text-decoration: underline;">Fabrizio Caramagna :</span> Je pense qu&rsquo;il est difficile de définir l&rsquo;aphorisme, « cette parole débordant de sens », comme l&rsquo;a écrit l&rsquo;aphoriste allemand Elazar Benyoëtz. L&rsquo;aphorisme, par sa brièveté et son essence même, est semblable à un monolithe, en apparence simple et peu complexe, mais à peine s&rsquo;en approche-t-on qu&rsquo;il ressemble à l&rsquo;une de ces particules, décrite dans la physique quantique, qui échappe à notre observation au moment même où on essaie de la décrire. L&rsquo;extrême fugacité de l&rsquo;aphorisme contribue également à renforcer son caractère insaisissable (et donc peu descriptible au final en dépit d&rsquo;un excès de descriptions). </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">Dans chaque texte, l&rsquo;aphorisme prend la forme d&rsquo;une graine ou d&rsquo;un parasite. Grâce à son ubiquité, sa plasticité et son aspect protéiforme, il se mélange avec la poésie, l&rsquo;essai, le cinéma, le théâtre, l&rsquo;histoire, la philosophie, la science, l&rsquo;art de vivre, et même la prière, le slogan publicitaire ou la blague. On le retrouve dans les tragédies de William Shakespeare, dans les films de Woody Allen, dans les romans de Miguel de Cervantes, dans les poèmes d&rsquo;Emily Dickinson, dans les textes philosophiques de Friedrich Nietzsche, dans les prières de Mère Teresa de Calcutta, dans les bandes dessinées de Charles Schulz ou encore dans la publicité télévisée, dans les slogans révolutionnaires ou les graffitis sur les murs. </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">Par ailleurs, le premier livre d&rsquo;aphorismes est un manuel médical et a été écrit par Hippocrate, qui était médecin et scientifique, et non pas aphoriste. On peut dire que l&rsquo;aphorisme est si hétérogène que, si la muse est le divinité de la poésie, le dieu Protée, dieu de la transformation et du mimétisme, est alors la divinité de l&rsquo;aphorisme. Parce que c&rsquo;est ça l&rsquo;aphorisme: un genre qui change constamment de couleur, comme un caméléon, s&rsquo;adaptant à la forme, à l&rsquo;environnement et au contexte dans lequel il se trouve, toujours différent de lui-même. </span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">De plus, outre le mot aphorisme, d&rsquo;autres termes sont employés tels que maxime, pensée, fragment, minima, greguería, apophtegme, note, carnet, caractère, paradoxe, calembour, jeu de mot, wit, trait d&rsquo;esprit, plaisanterie, et ainsi de suite, au sein d&rsquo;une liste de noms qui pourrait être infinie (et ne nous attardons pas sur les multiples facettes de l&rsquo;aphorisme telles que l&rsquo;anaphorisme, l&rsquo;euphorisme, le métaphorisme, l&rsquo;afleurisme, le disphorisme, le poésisme, le photoaphorisme, l&rsquo;aphorème, etc, présents dans les titres de différents recueils d&rsquo;aphorismes).</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><b> Actuellement, quels projets menez-vous relatifs aux aphorismes?</b></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u>Fabrizio Caramagna :</u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"> Mon projet, actuellement, est de cartographier les meilleurs comptes sur Twitter en Italie. Sur ce réseau social, on trouve des auteurs italiens qui écrivent des aphorismes en 140 caractères avec une grande originalité et beaucoup de génie (même en France, il y a des auteurs très bons sur Twitter, je pense, par exemple, à @Valolic, @LaMortLavraie, @LANDEYves, @ceciestmontweet, etc). Au cours des deux dernières années, j&rsquo;ai écrit près de 140 articles sur 140 auteurs de Twitter avec une sélection de leurs meilleurs tweets (c&rsquo;est un peu fou, je sais, quand je pense au temps que j&rsquo;ai consacré à lire l&rsquo;intégralité de leurs timelines!). Mon but est de faire une anthologie italienne de Twitter à proposer à quelques éditeurs.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"> Mon autre projet, plus ambitieux, est celui de faire une anthologie de l&rsquo;aphorisme contemporain dans le monde. Il me faudra de nombreuses années avant de le mener à terme. Il y a des pays comme par exemple la Norvège, le Danemark ou la Grèce sur lesquels je n&rsquo;ai encore rien écrit. Idem pour l&rsquo;Afrique. Ce continent abrite de grands écrivains d&rsquo;aphorismes, mais en raison des barrières linguistiques et géographiques, ce n&rsquo;est pas facile d&rsquo;entrer en contact avec eux.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u><b>Aphorismundi :</b></u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><b> Pour finir, l&rsquo;aphorisme qui vous suit et vous accompagne au quotidien depuis de nombreuses années?</b></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><u>Fabrizio Caramagna :</u></span></span><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"> Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;aphorisme préféré. Comme je l&rsquo;ai dit auparavant, j&rsquo;ai lu plus de 200 000 aphorismes, des milliers de recueils d&rsquo;aphorismes et il est impossible pour moi de trouver un seul aphorisme qui m&rsquo;accompagne depuis de nombreuses années. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai cité Dr Seuss, demain je pourrais citer Oscar Wilde ou Woody Allen, après-demain La Rochefoucauld, Karl Kraus ou Ennio Flaiano. Il n&rsquo;y a pas un aphorisme meilleur qu&rsquo;un autre. Il y a des auteurs qui me plaisent plus que d&rsquo;autres. C&rsquo;est vrai. Mais je préfère ne pas les mentionner pour ne faire de tort à personne.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;"><b><span style="text-decoration: underline;">Aphorismundi :</span> Merci beaucoup Fabrizio Caramagna pour ces réponses et le temps que vous avez bien voulu nous accorder.</b></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color: #212121;"><span style="font-size: medium;">Pour ceux d&rsquo;entre vous qui lisent l&rsquo;italien, n&rsquo;hésitez pas à vous rendre sur ce très beau site qu&rsquo;est <a href="https://aforisticamente.wordpress.com/" target="_blank" rel="noopener">Aforisticamente</a> et à découvrir plus en profondeur le travail de Fabrizio Caramagna, y compris ses œuvres, via <a href="http://aforisticamente.com/about-me-2-2/" target="_blank" rel="noopener">ce lien</a>.</span></span></p>
<p>Cet article <a href="https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-fabrizio-caramagna/">Entretien avec Fabrizio Caramagna</a> est apparu en premier sur <a href="https://aphorismundi.com">Aphorismundi</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://aphorismundi.com/les-entretiens/entretien-fabrizio-caramagna/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
